Opération : patrimoine (France 3) – Stéphane Bern : « Rester attaché à ses traditions ne signifie pas que l’on est fermé aux autres »

Publié le 14 janvier 2026 à 11:13
© François LEFEBVRE/FTV
INTERVIEW. Dans Opération : patrimoine, l’animateur Stéphane Bern met en lumière la culture vivante de nos provinces : leurs fêtes, leurs langues, leurs chants et leurs savoir-faire menacés de disparition. 

Cette émission célèbre le patrimoine immatériel. N’est-ce pas un euphémisme pour désigner l’âme d’un peuple ou d’un territoire ? 

Stéphane Bern : Exact ! C’est d’autant plus vrai que lorsque je défends les vieilles pierres, en réalité, ce sont les aventures humaines dont elles témoignent qui m’intéressent. Quand on a eu l’idée de faire ce programme, j’ai pensé qu’il serait bien de commencer par ce qui attire les gens vers leur patrimoine. À travers les traditions, la quête d’identité, les fêtes, la langue, les chants, la musique, c’est l’âme de leurs ancêtres qu’ils recherchent. Ces coutumes diverses et variées rassemblent toutes les générations autour d’un passé commun dans un même élan de ferveur. À une époque où ces traditions sont menacées par l’uniformisation, il m’est apparu nécessaire de participer à ce combat. 

Ce combat a longtemps été clivant. En 1999, l’écrivain Philippe Sollers dénonçait à ce propos une « France moisie ». Comment expliquez-vous ce retour en grâce ? 

C’est le balancier du temps. On est allé très loin dans un sens, on revient dans l’autre. L’essentiel est de trouver un juste équilibre entre multilatéralisme et particularisme. On peut être connecté au monde et être aussi de son village. Rester attaché à ses traditions ne signifie pas que l’on est fermé aux autres. 

Vous êtes allé aux quatre coins de France. Quelle séquence vous a le plus ému ? 

Lorsque la fanfare de Lallaing (dans le Nord, ndlr) a joué Les Corons pour ce vieux mineur retraité, descendu dans la fosse à l’âge de 15 ans et lui-même ancien membre de la formation musicale. Entonner ce chant dans la salle des pendus, ce lieu de mémoire où les hommes suspendaient leurs habits avant de descendre, m’a donné la chair de poule. 

Aux préparatifs de la Feria du riz, en Camargue, on a eu la surprise de voir apparaître le journaliste Patrick de Carolis. Était-ce là un clin d’oeil au créateur de l’émission Des racines & des ailes, pionnière sur le patrimoine ? 

Absolument. Il apparaît en tant que maire d’Arles. Patrick est un ami et mon ancien patron à France Télévisions. J’ai beaucoup aimé travailler avec lui. 

Quel est le bilan de la Mission Patrimoine ? 

Cette année, avec le Loto, nous avons récolté 29 millions d’euros, et au total, depuis que l’opération a été lancée, plus de 320 millions. Nous sommes en train de sauver 1 050 sites. 

Vous avez travaillé sur ce programme avec Hugo Clément. Qu’est-ce qui vous réunit ? 

Dans son combat pour la sauvegarde des traditions, Opération : patrimoine est animée par le même esprit militant que celui que l’on retrouve dans Sur le front, son émission consacrée à la protection de la nature, sur France 5. Je partage avec Hugo beaucoup de valeurs, comme la défense du bien-être animal, mais je ne suis pas aussi radical que lui sur d’autres causes. Je suis d’une nature plus policée. 

À l’image de votre personnage d’avocat pénaliste dans la série Bellefond, diffusée sur France 3. Avez-vous tourné de nouveaux épisodes ? 

Un épisode est déjà en boîte, et je viens de terminer le tournage de deux de plus. Ils devraient être diffusés cette année. 

Opération : patrimoine, mercredi 14 janvier à 21h10 sur France 3

Par
Hacène Chouchaoui