Stéphane Bern “effondré” après le braquage du Louvre, il regrette “une France en perdition”

Mis à jour le 9 janvier 2026 à 11:27
Lemouton Stephane/Pool/ABACA
Pour Stéphane Bern, le braquage de la galerie d’Apollon du Musée du Louvre dépasse largement le cadre d’un simple cambriolage. L’animateur et défenseur du patrimoine y voit le symbole inquiétant d’une France en perte de repères, où même les joyaux de l’histoire nationale ne sont plus intouchables… 

Le vol spectaculaire survenu dimanche matin dans la galerie d’Apollon du Louvre continue de susciter l’émotion. Pour Stéphane Bern, grand défenseur du patrimoine, c’est bien plus qu’un simple cambriolage, c’est une blessure symbolique infligée à la mémoire collective française. "Depuis ce matin, je suis aux quatre cents coups. J’essaie de rester calme. Mais ça paraît incroyable", confie-t-il "effondré" au Parisien. L’animateur rappelle notamment qu’un précédent avait déjà frappé cette même galerie…

Stéphane Bern réagit au cambriolage du Musée du Louvre

"En 1976, il y a déjà eu un vol dans la galerie d’Apollon, on avait dérobé l’épée de Charles X. On ne l’a jamais retrouvée pour une raison simple : il suffit de démonter les joyaux ! Vous dessertissez les pierres et les vendez à l’unité", regrette-t-il. Pour lui, ce lieu chargé d’histoire représentait une cible évidente : "On le sait, c’est l’endroit le plus fragile. Les gens ne vont pas partir avec la Joconde maintenant, ils vont partir avec les joyaux de la couronne".

D’autant que ces pièces rares, comme les camées de l’impératrice Eugénie, sont plus faciles à écouler que des toiles de maître. "Les tableaux sont tellement connus… À part quand il y a un commanditaire derrière. C’est ce qui s’est passé à Fontainebleau avec les vols des trésors chinois. Là, les camées de l’impératrice, vous les démontez et les vendez à l’unité… C’est dramatique", ajoute Stéphane Bern. Quant à l’ampleur du préjudice, ce dernier préfère rester prudent : "On ne sait pas encore exactement ce qui a été volé. Mais c’est un trésor inestimable, évidemment. Valeur historique, patrimoniale, marchande… Sur le plan symbolique, c’est très grave".

La France "en perdition" selon Stéphane Bern

Il établit un parallèle lourd de sens : "Ça renvoie évidemment à 1792, la Révolution, et au fric-frac des Joyaux de la Couronne, le vol du garde-meuble royal, aujourd’hui à l’hôtel de la Marine. C’est le symbole d’une forme d’effondrement, d’une France qui est d’une certaine manière en perdition. Si on ne respecte même plus ça…". L’expert pointe également les failles de sécurité du musée… "Beaucoup de gens vont devoir s’expliquer. C’est bien joli de vouloir faire le ‘Grand Louvre’, de remettre 800 millions d’euros pour imaginer de nouvelles entrées, mais commençons par sécuriser celles qui existent. Ce serait déjà une bonne chose", insiste-il. 

Un constat qui fait notamment écho aux syndicats du Louvre qui avaient alerté sur la sécurité du musée… "Nous savions que nous étions en risque", a confié sur BFMTV dimanche 19 octobre, Élise Muller, agent de surveillance au Louvre et représentante syndicale SUD Culture Solidaires. Et celle qui parle de "casse du siècle" d’ajouter : "Les budgets sont fléchés plus vers les fêtes, les expositions extraordinaires, ce qui a du sens, mais à budget constant voire en baisse, ça s’est fait au détriment de la sûreté et de la sécurité". "Le fléchage budgétaire sur les équipements a été défaillant, les effectifs n’ont plus été affectés, ou de moins en moins, à ces missions de sûreté", a-t-elle souligné.  

"C’est le genre de symbole qui va donner un coup au moral des Français"

En juin dernier, le musée avait été "fermé plusieurs heures en raison d’une grève des salariés qui alertaient sur le manque de personnel pour assurer la sécurité", a rappelé le sénateur et conseiller municipal de Paris Ian Brossat sur X, ancien Twitter. Et de questionner : "Pourquoi leurs alertes n’ont pas été entendues par la ministre?". Une chose est sûre, l’heure est "très grave" pour Stéphane Bern qui regrette "un terrible échec". "C’est le genre de symbole qui va donner un coup au moral des Français. On s’attaque à Napoléon, à tous les symboles de notre histoire. Je reçois plein d’alertes depuis ce matin. La presse internationale ne parle que de ça. Si le Louvre voulait une pub, bravo", a-t-il conclu amer.  

Par
Kahina Boudjidj