Hier, vous avez fait le choix d’être en édition spéciale pour couvrir le procès de Mazan et ses verdicts très attendus…
Oui et il n’y a pas eu d’hésitation. On fait des choix. Le président Macron était à Mayotte mais cette matinée à Mazan était historique. C’est un procès qui témoigne de la forte évolution du regard qu’on peut porter sur la place des femmes dans la société. Je dis toujours « quand on se retournera dans trois mois, six mois, un an, on se demandera ce qu’on a fait ce jour-là ». Et le jour du verdict du procès des viols de Mazan, on ne pouvait pas avoir fait autre chose à l’antenne, à ce moment-là. Il ne faut pas tergiverser, surtout avec les moyens de reportage qui sont les nôtres.
"BFMTV n’est jamais aussi forte que quand elle fait ce qu’elle sait faire"
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L’exigence et le terrain sont des mots qui reviennent au fil des rares interviews que vous accordez…
Je pars d’un constat assez simple au fond, dont je ne revendique pas l’originalité : je pense que BFMTV n’est jamais aussi forte que quand elle fait ce qu’elle sait faire et ce pourquoi elle est à ce point identifiée depuis sa création. Quand elle sait distinguer, dans le flot permanent de l’actualité, ce qui est vraiment important et ce qui est plus accessoire, voire sans intérêt. Concernant Mayotte, nous étions les premiers à partir en spéciale dimanche soir, juste après la visite du Pape en Corse. Nous avons tout de suite identifié que c’était un drame absolument épouvantable.
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"Nous devons nous distinguer du commentaire permanent, de l’ambiance ‘café du commerce’"
Trois mois après votre arrivée, quel regard portez-vous sur BFMTV aujourd’hui ?
Notre chaine doit faire de l’information. Nous ne sommes pas une chaîne de débats, de talks, ou de polémiques. On doit apporter, au jour le jour, du contenu informatif et faire bénéficier les téléspectateurs de la force de frappe et d’expertise d’une rédaction de 400 journalistes. Nous devons nous distinguer du commentaire permanent, de l’ambiance « café du commerce » et nous distinguer des réseaux sociaux, sans pour autant les rejeter. Aujourd’hui, on a le sentiment avec eux qu’on sait toujours tout, en permanence, mais les informations n’y sont absolument pas vérifiées, recoupées, elles ne sont soumises à aucune régulation quelconque. Ce serait dramatique de laisser le flot permanent de l’information aux réseaux sociaux, en se contentant, de notre côté, de faire du commentaire et du débat. Quand je suis arrivé, j’ai été saisi par l’extraordinaire qualité de cette rédaction, sa capacité à réagir et à se projeter sur l’événement. Je n’ai connu ça nulle part ailleurs, encore faut-il s’en servir… Quand il y a des journalistes de ce niveau, il faut les voir et les entendre, il faut leur permettre d’aller raconter des histoires, sortir du studio et de ces débats où cinq personnes s’invectivent en permanence. C’est le sens que nous voulons prendre dès la rentrée.
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Sans critiquer le travail de votre prédécesseur, Marc-Olivier Fogiel, aviez-vous la sensation que, ces derniers mois, la chaine tombait parfois dans cette ambiance « café du commerce » ?
Je dirais qu’il y a une tentation aujourd’hui dans le monde médiatique, et dans le monde des chaînes d’information en général, de résumer l’information à du « pour /contre » exprimé par des gens dont l’avis n’est pas toujours le plus avisé. Je ne remets absolument rien en cause mais je pense qu’il faut un rééquilibrage. Il faut clairement donner la priorité à l’information de terrain, au reportage et à l’expertise qualifiée. La légitimité des intervenants est fondamentale pour recréer la confiance avec le public. Surtout dans un monde où il y a beaucoup de méfiance, pour ne pas dire défiance, à l’égard des représentants politiques et du système médiatique. Et de grâce, encore une fois, sortons de ces débats permanents, en studio, avec des gens qui savent à peine de quoi ils parlent, et qui pardonnez-moi l’expression un peu triviale, s’engueulent en permanence ! Ça ne fait qu’ajouter de la tension à la tension.
Fabien Namias évoque la rivalité entre BFMTV et Cnews
Quelle est votre réaction sur le fait que BFMTV soit régulièrement doublée par CNews ?
Il est vrai que depuis le début de l’année 2024, BFMTV a, à plusieurs reprises et sur plusieurs mois, perdu son leadership. Ce n’est pas grave si on tâche d’y apporter des réponses. Et c’est l’orientation et le cap que nous souhaitons prendre avec Jean-Philippe Baille (Directeur général délégué à l’information de RMC BFM) et Nicolas de Tavernost (PDG de RMC-BFM). Je serais agacé si nous étions pris « comme des lapins dans les phares » et qu’on restait inerte. En se mettant en mouvement, en trouvant un positionnement clair, il n’y a aucune raison qu’on ne retrouve pas notre place de leader. Ça prendra un peu de temps, c’est sûr mais les audiences progressent déjà.
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Fabien Namias: "Nous allons recruter de nouveaux visages"
De quelle manière allez-vous vous mettre « en mouvement » ?
Nous avons tiré les conclusions d’une grille qui a été mise à l’antenne en septembre, avec des choses intéressantes. Je pense notamment à l’émission de Benjamin Duhamel, « Tout le monde veut savoir » qui est une très grande réussite. Et puis, il y a des rendez-vous qui ont moins rencontré le public, comme celui d’Éric Brunet qui occupait la tranche 20h/22h ou de Yves Thréard, le vendredi soir. Il est clair qu’aujourd’hui, les gens veulent plus d’infos et moins de débats. C’est ce qu’on va proposer à partir du mois de janvier. Et puis, dans un deuxième temps, au mois de septembre 2025, nous allons recruter de nouveaux visages, de manière à aller plus loin dans le chemin de la reconquête. Nous proposerons également un nouvel habillage entièrement repensé, allégé. Avec moins d’éléments qui surchargent l’antenne, qui agressent, de notre point de vue, un petit peu trop le public.
Les aménagements en milieu de saison ne sont pas toujours bien interprétés par le public…
Je suis arrivé il y a trois mois. La grille que vous voyez en ce moment à l’antenne n’est pas la mienne. Ce n’est pas la nôtre. Et ce n’est ni une remise en cause, ni une critique. Je ne suis pas là pour attendre le mois de septembre. Je ne suis pas là pour observer, en restant les bras croisés. Je considère que ce qui sera fait en janvier est une première étape de développement, loin d’être la dernière. Il y a encore beaucoup d’étapes à mener qui correspondent à une vision des choses dont j’assume pleinement la responsabilité.
A quoi va donc ressembler ce fameux JT de 20h de Maxime Switek, qui sera lancé le 6 janvier ?
C’est vraiment un projet auquel nous croyons énormément. Je suis très fier que BFMTV rentre dans cette course du 20 heures. C’est le rendez-vous le plus identifié par les Français. C’est important pour nous de proposer une alternative aux grandes chaines traditionnelles. Ça ne veut pas dire qu’on doit chercher à tout prix la différence et ça ne veut pas dire non plus qu’on doit singer. Vous trouverez, dans ce journal, l’information du jour avec la hiérarchisation propre à BFMTV. Autour de Maxime Switek, trois spécialistes réputés, chacun dans leur domaine : Elsa Vidal pour l’international, Amélie Rosique (RMC) pour l’économie et la consommation. Quant à la politique, elle sera partagée entre Christophe Barbier et Guillaume Daret qui quitte les services politiques de France Télévisions pour nous rejoindre. Nous allons également nous ouvrir au public par l’interactivité, avec une rubrique confiée à la journaliste Lisa Hadef, qui permettra dans un deuxième temps du journal d’aborder les grandes questions que se posent les téléspectateurs, même en direct, sur l’information. Rebecca Blanc-Lelouch produira chaque jour un grand reportage et viendra raconter en plateau comment il a été fabriqué. Un format plus long sera réalisé par les équipes de Ligne Rouge et nous permettra d’aller un peu plus loin. Par ailleurs, il n’y aura pas de week-end pour notre JT ! C’est Alice Darfeuille qui prendra le relai les vendredis, samedis et dimanches soir. Ça prendra du temps et on ne veut pas être jugés sur les premiers numéros. On sait qu’on va essuyer les plâtres pendant quelques jours mais nous allons retrousser nos manches car on est convaincus qu’il y a un vrai potentiel à cette heure-ci.
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Avez-vous les moyens financiers de vos ambitions ? Un JT de deux heures, c’est un certain coût…
Il y a des moyens. Parce qu’on y croit et qu’on veut offrir quelque chose de qualité au grand public.
"Apolline de Malherbe sera à l’antenne de 9h à 10h, tous les matins, pour une émission de tempérament"
Apolline de Malherbe, c’est une valeur sûre ?
Cette journaliste est exceptionnelle. En arrivant, je me suis dit : « Quel dommage qu’un talent aussi brillant qu’Apolline de Malherbe ne soit pas d’avantage exposé sur l’antenne de BFMTV ». Bien sûr, c’est un effort car elle commence très tôt sur RMC, mais pour autant, quand on peut s’appuyer sur quelque’un comme Apolline de Malherbe, on en profite, il faut qu’on la voie. Et dès le mois de janvier, elle sera à l’antenne de 9h à 10h, tous les matins, pour une émission de tempérament. Apolline, c’est un caractère, une humeur, et en même temps une grande expertise, parce qu’on connaît sa maîtrise de l’interview politique et son sens du populaire. Je me réjouis qu’elle ait accepté notre proposition d’être une heure de plus à l’antenne.
"Quand on parle des « départs » à BFMTV, on parle d’une vingtaine de personnes"
Comment vivez-vous les départs de certains salariés, suite de l’ouverte de la « clause de cession » et le rachat du groupe par Rodolphe Saadé ?
C’est le mouvement naturel dans chaque entreprise de médias, quand il y a une clause de départ de cette nature. C’est d’abord, je pense, pour la plupart des gens, une opportunité financière – j’aurais bien tort de la sous-estimer-mais aussi une opportunité de se relancer dans un nouveau projet de vie, un projet professionnel. Je comprends que certains estiment avoir fait le tour du sujet, mais c’est la vie de l’entreprise. Quand on parle des « départs » à BFMTV, on parle d’une vingtaine de personnes, peut-être un peu plus à la fin de la clause en mai, sur 400 collaborateurs. Je vis cela de manière très sereine, je sais que ces départs ont pu être, par moment, interprétés négativement mais il ne faut pas être naïf, il y a toujours une certaine volonté de nuire… Il ne faut pas chercher à instrumentaliser des décisions individuelles.
En quittant son poste, Marc-Olivier Fogiel vous avez laissé ce message : « Fabien, achète-toi un chargeur de téléphone, même plusieurs, tu en auras besoin ». Avez-vous suivi son conseil ?
Moi, plus qu’au téléphone, je passe du temps dans la rédaction, sur les plateaux, en régie… J’aime le contact, les gens, les journalistes, donc je n’ai pas tant besoin que ça de chargeurs ! (Rires)