24H au sein de BFMTV (2/3) : « L’enterrement de la Reine Elizabeth II ? Trois ans de travail ! »

Mis à jour le 8 janvier 2026 à 15:46
Abaca Press – Jérôme Dominé
Télé 7 jours a pu passer une journée au sein de BFMTV qui cristallise de nombreuses interrogations, critiques et fantasmes…En novembre, elle était la première plateforme d’info de France, avec 12,5 millions de téléspectateurs chaque jour. Coulisses d’une chaîne en pleine effervescence.

Pour ceux qui travaillent derrière les caméras, l’actualité non plus n’attend pas. Chaque jour, la conférence de rédaction entre les différents chefs de service s’organise en début de matinée. Fabien Namias, qui a remplacé Marc-Olivier Fogiel au poste de directeur général de BFMTV, est présent, tout comme Camille Langlade et Julia Delage, directrice et directrice adjointe de la rédaction. Au programme du jour : la tempête, la rencontre Barnier/Le Pen, le début des réquisitoires dans le procès des viols de Mazan mais aussi le cas Elon Musk et les agences d’intérim qui peinent à recruter des pères Noel. Chaque tranche horaire de la journée est balayée. Un moment important pour Alexandra Gomes, coordinatrice de programmation. "Il faut que je sois au courant de tout ce qui se passe dans les rédactions, notamment pour éviter les doublons d’invités, explique la jeune femme. J’essaie aussi de centraliser certaines demandes importantes. Si par exemple on a une grosse actu agriculteurs, j’appelle les responsables de communication de chaque syndicat pour leur demander quel représentant est disponible tel jour ou tel jour. Je m’occupe de la fluidité des informations entre chaque tranche". Et en cas de "breaking news", c’est tout le déroulé d’une émission qui peut partir à la poubelle, car l’actualité ne s’arrête jamais. Si les rumeurs racontent que l’ambiance est morose à BFMTV, le travail, lui, est au rendez-vous.

"Les jeunes journalistes sont parfois fébriles, ils murmurent pour ne pas déranger…"

Au "desk", le bureau où sont préparés et montés les reportages diffusés à l’antenne, la concentration est de mise chez les journalistes en "service" comme Julien Migaud-Muller qui vient à peine d’envoyer un sujet en validation. Ici les sources d’images sont multiples : agences de presse, tournages "maison" ou encore vidéos réalisées sur le vif par de simples spectateurs… "Les gens vont filmer de chez eux, dans leurs voitures, dans le train, des images de catastrophes naturelles et nous les envoyer, explique Julien. Les réseaux sociaux aussi nous aident énormément. Dans un premier temps, on peut s’appuyer sur ces images puis, on envoie nos journalistes sur le terrain. Par exemple, ce matin, j’ai fait un premier sujet sur le gros coup de vent qui a traversé la France. J’ai eu à la fois des images qui me sont arrivées de Lyon, un tournage de nos collègues de RMC qui ont filmé des galériens du train, arrivés très en retard. Et puis BFM Paris a également shooté des images d’un échafaudage tombé dans le 8ème arrondissement. A partir de tout ça, mon boulot, c’est d’écrire un récit, de raconter ce qui s’est passé dans un temps assez ramassé. Là, par exemple, j’ai eu une heure et demie pour le faire". Parfois, une voix s’élève dans le silence : c’est l’un des "deskeurs" qui pose sa voix et son commentaire sur son sujet, en plein milieu de la rédaction. "Les jeunes journalistes sont parfois fébriles de le faire, ils murmurent pour ne pas déranger. Mais on s’en fiche ! Et quand des gens parlent un peu fort autour de nous, on recommence, mais on se respecte tous".

"L’enterrement de la Reine Elizabeth II ? Trois ans de travail !"

De son côté, Olivier Predhomme, chef du service reportage et rédacteur en chef des opérations spéciales, planche déjà sur les prochaines délocalisations. La dernière en date, lors des élections américaines, a été un vrai succès. "En ce moment, je prépare le 31 décembre et l’investiture de Trump. L’idée, c’est ça : réfléchir en amont les grosses opérations qui sont prévisibles. Les élections américaines, c’est un an de préparation du dispositif terrain, comme du dispositif antenne : comment afficher les résultats, la réalité augmentée, quel présentateur pour les soirées, à quel moment on fait des duplex, les invités…" Parmi les grandes opérations spéciales marquantes, Olivier se souvient du décès de la Reine Elizabeth II. "Trois ans de travail. On est allé repérer à Londres pour trouver un lieu pour la délocalisation, on a essayé d’avoir le programme précis, des contacts avec Westminster…". Trois ans avant sa disparition donc 

"Je suis arrivé ce matin sans savoir où j’allais atterrir"

L’échange est interrompu par des cris qui résonnent au fond du couloir. L’équipe de Ligne Rouge tourne une vidéo d’au revoir pour des camarades qui quittent la chaîne. "C’est le jeu, commente pragmatiquement Olivier Predhomme face à la vague de départ pointée du doigt par certains médias. Particulièrement quand il y a une clause qui est ouverte, ça fait partie de la vie d’une société. Que les gens partent au bout de plusieurs années de challenge, sincèrement, je peux comprendre. Je ne dis pas que ça ne nous embête pas… On a pris l’habitude de travailler avec des gens qu’on aime, on a des réflexes, c’est facile. Donc il faut réapprendre certaines choses, mais c’est bien, ça nous sort de nos habitudes …". Nicolas de Roucy, lui, rentre du terrain. JRI (journaliste reporter d’images), il a accompagné l’une des journalistes à l’extérieur et range son matériel. "Je suis arrivé ce matin sans savoir où j’allais atterrir" confie-t-il. Son sujet du jour ? Les blocages autour d’un centre logistique alimentaire en Essonne par une quarantaine d’agriculteurs en colère. "Dès qu’on est arrivé, on a tout de suite tourné une petite séquence où les agriculteurs ouvraient les camions qui sortaient de l’entrepôt, pour voir s’il n’y avait pas de produits étrangers" raconte t’il. Actualité oblige, sa co-équipière et lui ont très vite su que leur duplex en direct de 15h30 avait sauté. "Celui de 12h50 a bien eu lieu" précise-t-il. Un tournage plutôt tranquille comparativement à d’autres… "Je me souviens d’une mission en Israël. Ce n’était pas compliqué comme terrain parce qu’on était relativement à l’abri sur le territoire israélien. Mais il y a eu quelques moments stressants à la frontière libanaise : on savait qu’une roquette pouvait tomber en trois secondes et qu’on n’aurait pas le temps de la voir venir…"

Le fantasme du stagiaire

Il est celui qu’on nomme "le stagiaire" quand les internautes repèrent une erreur sur les fameux "bandeaux" qui défilent en bas de l’écran. Pourtant, Romain Langlet est loin d’être un novice… "Parce que c’est une très grande responsabilité, c’est la vitrine de la chaîne. On ne peut pas mettre n’importe quoi à l’antenne, il faut des gens qui soient bons, qui aient une vraie culture journalistique. Donc pas de stagiaires par ici !". Le travail de "scrolleur" lui demande beaucoup de concentration et une réactivité à toute épreuve. "Quand il y a une prise de parole, il faut alerter en direct. Prendre l’essentiel des propos qui nous intéressent, une ou deux phrases". L’œil sur la concurrence, il peut être amené à faire défiler en urgence une information mise en avant par une autre chaîne. Et les écrans ne manquent pas dans les couloirs de BFM TV : ici CNews, là LCI… chacun est attentif au traitement de l’information par les "voisins". "Il y a beaucoup de pression sur ce poste, ajoute Romain Langlet. Pas en permanence, mais il ne faut pas se tromper. Moi j’aime bien travailler sous pression donc ça me va bien. Mais tout le monde n’est pas fait pour ça". Dans la petite rédaction de BFM2, "le nouveau" bébé du groupe, l’ambiance est studieuse. Trois rédacteurs, un réalisateur et une cheffe de bureau se partagent les taches tâches de veille. Le but de cette antenne bis ? Proposer des images en continue sans montage et quasi sans commentaire. Un format, basé sur le modèle Twich, qui semble très apprécié par ceux et celles consommant l’info sur smartphone. Partout.

Par
Amandine Scherer