Le 10 mars dernier, Jean Dujardin, Gilles Lellouche, Pio Marmaï et Jean-Paul Rouve ont été entendus à huis clos par la commission d’enquête sur les violences dans le cinéma, présidée par Sandrine Rousseau. Si les acteurs ont refusé d’être filmés, le compte rendu de cette audition vient d’être publié sur le site de l’Assemblée nationale et met en lumière des témoignages oscillant entre confidences introspectives, anecdotes troublantes et propositions concrètes pour faire évoluer les pratiques du milieu.
Des témoignages chocs sur les abus dans le cinéma
Gilles Lellouche n’a pas hésité à rapporter l’expérience traumatisante vécue par "une amie actrice" qui lui a fait part de "situations abjectes". Le comédien raconte : "Un réalisateur, pour préparer une scène d’amour, lui a demandé de venir dans son bureau et de se mettre toute nue pour qu’il sache comment la filmer. Elle avait 26 ans. Elle en a été traumatisée, elle a refusé et le réalisateur lui a fait vivre un enfer pendant tout le tournage, des violences physiques et psychologiques".
Jean-Paul Rouve, de son côté, a mis en lumière un biais du cinéma français qui touche particulièrement les femmes : "Nous, les comédiens, on sait qu’un metteur en scène nous choisit uniquement parce qu’il a envie de travailler avec nous. Mais une comédienne qui débute doit se demander chaque fois pourquoi elle a été choisie, si ça ne cache pas quelque chose de malsain", reconnaît celui qui a récemment interprété Gabriel Matzneff dans "Le Consentement".
Quant à Pio Marmaï, il évoque sans détour les difficultés liées aux scènes de nudité : "J’ai tourné beaucoup de scènes de nu et de relations sexuelles lorsque j’étais plus jeune. […] Peut-être pour me protéger, je me disais que je me foutais du résultat, que j’étais à l’aise, que rien ne m’atteignait. Avec le temps, je me suis rendu compte que je me sentais forcé." L’acteur plaide désormais pour la présence systématique d’un "coordinateur d’intimité" sur les plateaux.
Quand les hommes aussi sont victimes de comportements déplacés
Dans un étonnant renversement des rôles habituels, Gilles Lellouche a également témoigné avoir lui-même été victime de comportements déplacés. "Il y a une quinzaine d’années, j’ai tourné un film avec une réalisatrice sans voir qu’elle voulait me séduire. Elle se montrait très, très tactile. Je ne me sentais pas violemment agressé ; c’étaient des gestes comme des mains sous la chemise – si j’en faisais autant à une fille, ça ne serait pas normal. Donc, je me sauvais, mais ensuite, elle se vengeait et je prenais super cher", confie le réalisateur de " L’Amour Ouf".
L’acteur oscarisé a également partagé son rapport aux scènes intimes : "Sur des scènes intimes, surtout pour un pudique comme moi : c’est très difficile. On en parle avec sa partenaire ; il est arrivé que l’une d’elles me propose de prendre un petit shot de vodka, juste pour qu’on puisse avancer. Je lui ai répondu : ‘Si ça t’aide, il n’y a aucun problème. Qu’est-ce que je peux faire pour toi ?’"
Une prise de conscience générale et des propositions concrètes
L’audition a également été marquée par une remise en question personnelle des acteurs. "Si je dois faire une radioscopie de mes comportements, c’est sûr que j’ai dû être lourd, c’est évident", a reconnu Gilles Lellouche avec une honnêteté désarmante. Pio Marmaï a abondé dans son sens : "Oui, je pense que j’ai pu être lourd dans ma façon de signifier les choses. J’essaye toujours de créer une atmosphère de travail assez douce et joyeuse et, à certains moments, j’ai dû faire des plaisanteries qui ont été mal comprises."
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Au-delà des confessions, les acteurs ont proposé des solutions concrètes. Jean Dujardin suggère : "À chaque début de tournage, à chaque début de semaine, le premier assistant, qui est souvent un personnage rond et éloquent, pourrait rappeler la charte éthique propre au tournage ; il prendrait deux ou trois minutes pour répéter la marche à suivre, ce qu’il faut et ce qu’il ne faut pas faire." Pour sa part, Gilles Lellouche, en tant que réalisateur, a affirmé sa politique de tolérance zéro : "S’il survenait sur un de mes films des choses avérées, faisant l’objet de témoignages, la décision serait très claire : la personne serait suspendue et le tournage éventuellement arrêté."
Jean Dujardin a conclu l’audition avec une réflexion sur le mouvement #MeToo : "Le mouvement MeToo a eu un début fracassant. C’était nécessaire. Au début, j’ai eu le sentiment que ça commençait mal, mais il ne pouvait pas en aller autrement : il fallait taper fort pour que la parole soit entendue, ce qui est encore le cas."
Selon TF1 Info, le rapport final de la Commission d’enquête sera remis le 9 avril prochain.