Code rouge. Dans le jargon du corps d’élite des Marines, il s’agit d’une sanction disciplinaire infligée par ses frères d’armes à un soldat qui a montré de la faiblesse ou de la déloyauté. Officiellement, cette pratique est proscrite. Officieusement : elle est encouragée. Sur la base américaine de Guantánamo, à Cuba, un homme en est mort. Deux lampistes de l’unité seront jugés par un tribunal militaire. Pas question pour ces guerriers endoctrinés d’accuser la hiérarchie. Semper fi, toujours fidèle, n’est-elle pas la devise des Marines ?
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C’est un soir, au théâtre, à Broadway, que le réalisateur Rob Reiner à découvert A Few Good Men, une pièce inspirée de ce fait divers signée Aaron Sorkin, auteur notamment de la série référence À la Maison-Blanche. « Lorsque j’ai découvert la pièce Des hommes d’honneur, à New York, j’en suis tombé littéralement amoureux. Il ne m’a pas fallu plus de trois semaines pour que Tom Cruise, Jack Nicholson et Demi Moore me donnent leur accord ! » En 1992, le trio tient du tiercé gagnant. Jack vient de s’illustrer en Joker maléfique dans le Batman de Burton ; Demi a fait récemment pleurer la planète entière avec Ghost, et Tom, depuis Top Gun, est la nouvelle coqueluche de Hollywood. À juste titre, le réalisateur de Quand Harry rencontre Sally… et de Misery peut s’enorgueillir d’avoir réuni le casting de l’année.
LA LOI DU SILENCE…
Sur le banc des accusés : Louden et Dawson, deux bons petits soldats aux ordres. Le service juridique de la Navy est chargé d’assurer leur défense. Le lieutenant de vaisseau Kaffee, un bleu des prétoires spécialistes des « bons accords » censés éviter de mauvais procès, est missionné. Autant dire qu’avec ce jeunot désinvolte, c’est perpète assurée, tant il semble plus soucieux d’améliorer ses performances au base-ball que de potasser le code de procédures pénales. Dans le rôle de l’avocat, vrai-faux dilettante écrasé par la mémoire de son père, ténor du barreau, Tom Cruise excelle au sommet de la coolitude. À son côté, dans le rôle de son Jiminy Cricket qui va lui remettre l’éthique en place, le lieutenant de corvette JoAnne Galloway, incarnée par Demi Moore, ne transige jamais. La loi du silence n’est pas la loi. Et l’honneur brandi en étendard ne l’impressionne pas. Comme Shakespeare, elle sait le mot souvent dévoyé pour cacher du vent.
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UNE CONFRONTATION JUBILATOIRE
Ces deux-là devront taire leurs différences et unir leurs forces pour bousculer le tout-puissant colonel Jessep, commandant de la base de Guantánamo, aux brillants états de service. Raide comme l’injustice, l’officier a ordonné le Code rouge. Par loyauté aveugle, esprit de corps, nul n’osera le dénoncer. Sous l’uniforme bardé de décorations, Jack Nicholson en impose, visiblement amusé par le pedigree détestable du bonhomme. Son ego boursouflé sera le cheval de Troie du binôme.
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Comme Kaffee, impressionné par le glorieux soldat, Cruise était dans ses petits souliers devant lui : « Je n’en menais pas large ! » Et comme Nicholson exige toujours le meilleur de lui-même, il faut être prêt : « C’est un grand plaisir et un honneur de lui donner la réplique. Nous avons tourné la grande scène finale, ce “tango verbal” de vingt minutes, au cours des trois premières semaines. À chaque répétition, Jack affûtait son jeu et mettait la barre plus haut. » Entrez dans la danse !
Des hommes d’honneur, dimanche 28 décembre à 21h00 sur Arte