Jack Nicholson, le plus déjanté
Dans le premier Batman, de Tim Burton (1989), Jack Napier, alias le Joker, est un clown démoniaque aux cheveux verts et aux costumes criards. Il est le plus proche du comics créé en 1939 par Bill Finger et Bob Kane. Ce dernier a rencontré Jack Nicholson : « Il m’a demandé conseil sur la manière de jouer le Joker. Je lui ai répondu qu’il devait apparaître comme un tueur fou, pas un rigolo. » Message reçu, l’acteur de Shining dégaine son art du cabotinage flippant : le Joker prend son pied en assassinant les gens, se déhanche sur le funk endiablé de Prince, vandalise les chefs-d’oeuvre du musée Flugelheim, de Gotham City, terrorise l’innocente Kim Basinger et met la ville à feu et à sang. Nicholson pose les bases d’un Joker contemporain, violent et cinglé.
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Joaquin Phoenix, le plus humain
En 2019, pour la première fois, Batman n’est pas de la partie. Évoqué à travers son père, le milliardaire Thomas Wayne, candidat à la mairie de Gotham City, en proie à une crise économique dévastatrice. Place, donc, au Joker : Arthur Fleck, humoriste raté, souffrant de crises de rire incontrôlées, enquille les boulots mal payés et les humiliations, et se voit privé de ses aides sociales. Sa vie n’est que malheurs, jusqu’à cette nuit où, voulant défendre une femme harcelée, tout bascule… Avec cette version empathique du célèbre vilain, Todd Phillips délivre un message fort : une société qui abandonne les plus faibles engendre des monstres. Pour incarner ce Joker fracassé, auquel il apporte une grâce singulière et une fragilité inattendue, Phoenix a perdu 23 kilos, s’est intéressé au narcissisme, à la criminologie, a étudié la gestuelle du grand Buster Keaton. Pour l’acteur, « incarner un personnage n’est pas une performance, c’est une expérience ». Et la voie royale pour l’Oscar, qu’il remporte, à 45 ans. Le premier de sa carrière hors normes.
Heath Ledger, le plus légendaire
En 2008, dans The Dark Knight, de Christopher Nolan, film autrement plus sombre, marqué par les attentats du 11 septembre 2001, le jeune acteur australien, en pleine ascension après le succès du Secret de Brokeback Mountain, crève l’écran en ennemi juré de Batman, malsain et fascinant, au point de faire oublier Nicholson. Avec son maquillage baveux, son look crasseux emprunté aux Sex Pistols et son regard de psychopathe, il compose un inoubliable Joker, terrifiant et réaliste. Michael Caine (Alfred, le majordome de Batman), pourtant pas un débutant, dit en avoir oublié ses répliques. Ledger s’était isolé dans un hôtel afin de s’imprégner des démons de son personnage. Dans sa dernière interview, il confiait avoir terminé le tournage « épuisé physiquement et l’esprit surmené ». Le comédien de 28 ans est mort d’une surdose médicamenteuse, peu de temps avant la sortie du film. Il recevra un Oscar posthume. Une légende est née.
Joker, dimanche 13 octobre à 21h10 sur TF1
ISABELLE MAGNIER