“Je serai éternellement reconnaissant envers Benoît Poelvoorde", nous confiait, il y a une dizaine d’années, Gilles Lellouche, qui évoquait comment le comédien lui avait sauvé la mise, en 2003, en remplaçant un acteur qui venait de le planter la veille du tournage de son premier film, Narco. Et Gilles de renouveler sa reconnaissance à Benoît, puisque c’est lui qui lui a conseillé, en 2006, de lire L’Amour ouf, le roman de l’Irlandais Neville Thompson : « Y a moyen de faire un super film. » Dont acte, soit une histoire d’amour, incandescente et violente, sur deux décennies dans la France des années 80-90, dans laquelle Cupidon jongle entre lutte des classes et guerre des gangs. Il aura fallu dix-sept ans pour écrire et monter L’Amour ouf. Le temps d’être validé comme l’un des acteurs les plus bankables et, surtout, comme un brillant cinéaste.
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“ILS SONT COMPLICES, BEAUX, CHARISMATIQUES”
En 2018, Le Grand Bain, sa comédie sur la masculinité fragile, séduira 4,3 millions de spectateurs. Cinq ans plus tard, le tournage débute : 88 jours de bonheur, de créativité débridée et de hits du siècle dernier : pour ambiancer le plateau, Lellouche passe en continu la B.O. On dit que les films réalisés par des comédiens gâtent les acteurs. Ça se vérifie : leurs émotions, à bas bruit ou explosives, irradient l’écran. Le cinéaste s’est souvenu d’un moment de grâce sur le tournage de Bac Nord : la scène du barbecue dans laquelle il donnait la réplique à Adèle Exarchopoulos et François Civil. « Je les ai observés. Je les trouvais complices, beaux, charismatiques. » Ils incarneront Jackie et Clotaire, adultes. Mallory Wanecque et Malik Frikah les joueront ados. Les « anciens » ont été bluffés : « Ils nous font de l’ombre ! » Karim Leklou, Élodie Bouchez, Vincent Lacoste, Alain Chabat et Benoît Poelvoorde complètent le casting.
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IMPRÉVISIBLE ET ROMANTIQUE
"Cette histoire résonnait avec mon adolescence, raconte Lellouche. J’ai toujours été attiré par les histoires d’amour contrariées. Elle fait aussi écho à des films que j’ai aimés, comme Rusty James, de Coppola, un mélange entre violence et sentiments exacerbés." À la lecture du scénario, Adèle se souvient avoir « ressenti une énorme envie d’aimer ! Roméo + Juliette, de Baz Luhrmann, m’avait fait le même effet ». La rage incarnée, Clotaire, fils de prolo à l’avenir de délinquant tout tracé, est le premier surpris de tomber raide dingue de Jackie, fille à papa qui l’apaise.
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C’est connu, les histoires d’amour finissent mal, en général. Gilles Lellouche est imprévisible et romantique. Sa mise en scène respire le danger. Elle vous emporte sans préavis vers la tendresse en embuscade, le frisson des larmes retenues. Une scène est déjà culte sur les réseaux sociaux, celle du « Deux poids deux mesures ». « Elle est tellement bien écrite. Pour l’anecdote, c’était le personnage de François Civil qui devait la jouer, confiait Adèle. Au dernier moment, Gilles a eu l’éclair de dire qu’il fallait que ce soit mon personnage. Cette scène décrit vraiment ce qu’est un amour sain : tu vas au front pour ceux que tu aimes et tu parviens à t’élever par amour pour l’autre et pour toi également. » De battre la chamade nos coeurs ne peuvent s’arrêter.
L’Amour ouf, vendredi 25 avril à 21h10 sur Canal+