Avril 2017. Dans la commune du Raincy, en Seine-Saint-Denis, une activité inhabituelle anime l’avenue Thiers, où se trouve la piscine municipale. Avec ses deux bassins, dont un olympique, son carrelage blanc rutilant et ses grandes baies vitrées, ce site spacieux et lumineux, aux infrastructures rénovées, a été choisi par Gilles Lellouche pour y poser ses caméras. Jean-Michel Genestier, le maire, accueille avec fierté toute l’équipe du film. Honoré que son établissement ait été choisi, l’élu a demandé aux maîtres des écoles de jouer les spectateurs qui, depuis les gradins, encouragent à grands cris la compétition de natation. Dans le scénario original, signé Gilles Lellouche, des hommes en crise existentielle se lancent le défi de réussir un numéro de danse aquatique synchronisée, une discipline pourtant féminine. À force de persévérance, d’esprit collectif et de dépassement d’eux-mêmes, ces piètres athlètes vont réussir, haut la jambe, ce challenge atypique. Et qu’importe si leur virilité y prend un coup !
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“Des gars des eaux”
Le projet était pourtant loin d’être gagné… Avant de démarrer le tournage, Gilles Lellouche demande à ses comédiens de s’entraîner pendant trois mois dans une piscine parisienne, avec Julie Fabre, chorégraphe de l’équipe de natation synchronisée olympique. La coach découvre alors, atterrée, que Balasingham Thamilchelvan, le comédien d’origine sri-lankaise, nageur débutant, n’aime pas mettre la tête sous l’eau. Philippe Katerine, nullement à son aise dans l’élément liquide, souffre d’un érythème fessier et ne supporte pas l’odeur du chlore ! Quant à Jean-Hugues Anglade, il panique dès qu’il perd pied et se révèle incapable de réaliser la moindre chorégraphie. Pire : Benoît Poelvoorde, qui rentre chez lui, à Namur, après chaque session, craque : les 1200 kilomètres qu’il parcourt chaque semaine, ajoutés à la fatigue des entraînements, ne lui sont plus supportables. Bref, ambiance « des gars des eaux »… Seuls Mathieu Amalric, qui a fait de la natation en compétition lorsqu’il était adolescent, et Guillaume Canet, excellent nageur en mer, s’en sortent.
Tous dans le même bain
Mais une belle surprise, quasi miraculeuse, va s’inviter sur le tournage : la solidarité. À force de se retrouver, quotidiennement, sous les douches, et de s’immerger en maillots et bonnets de bain, des liens indéfectibles se tissent entre les comédiens, qui vont se surpasser lors d’un show final en forme d’apothéose. "Dans la flotte, nos ego étaient comme des condiments dans un plat bien préparé", témoigne Philippe Katerine, avec humour. Mathieu Amalric confirme : "On se soutenait beaucoup, sans jamais se juger. Et comme on tournait de nuit, il y avait entre nous une proximité, une générosité et une écoute très fortes." Et l’acteur, adepte de l’autodérision, de conclure : "Le charme du film tient aussi dans nos corps flasques. Donc, chacun faisait ce qu’il pouvait… "
Le Grand Bain est diffusé dimanche 5 septembre à 21h05 sur TF1
Jean-Baptiste Drouet