Signalements : « Je suis allée m’excuser après »… Odile Vuillemin évoque la scène la plus éprouvante à jouer

Mis à jour le 8 janvier 2026 à 15:49
FTV
Dans Signalements, la fiction inédite de France 2 diffusée ce mercredi 20 novembre 2024 à 21h10, Odile Vuillemin incarne une mère maltraitante. Interview.

Signalements est inspiré d’une histoire vraie. Avez-vous effectué des recherches en amont ?

Odile Vuillemin. Je crois que le réalisateur Eric Métayer m’avait conseillé de ne pas lire le livre. Il arrivait avec une idée tellement précise en tête que j’avais plutôt envie de servir son propos à lui. D’habitude je ne travaille pas comme ça, j’ai plutôt tendance à me renseigner. Mais là, j’avais envie de le laisser me guider.

Cecile Bois a un peu échangé avec Laurence qu’elle incarne à l’écran. En revanche, j’imagine que ça n’a pas été votre cas avec la vraie Véronique…

Je n’ai pas cherché à la rencontrer. Je pense que ça aurait été déplacé de le demander, sachant que l’histoire partait de Laurence Brunet-Jambu. Je me voyais mal dire « Est-ce que je peux aller voir l’ennemie ? » Et puis il y a quand même un devoir de respecter la dignité des gens qui ont vécu cette histoire.

Odile Vuillemin : "Je trouve ça assez intéressant de jouer la méchante, plutôt de faire la gentille"

Est-ce compliqué de rentrer dans la peau d’un tel personnage ?

C’est un peu difficile à avouer comme ça, mais c’est vrai qu’il y a un côté jouissif dans ces personnages. Je trouve ça assez intéressant, à un moment donné, de jouer la méchante, plutôt de faire la gentille. Il y a une part d’ombre à aller explorer, à savoir retransmettre, pour être au service, malgré tout, de la lumière. Je n’ai pas trop de mal avec ça, parce que je sais que ce n’est pas moi. Mon objectif, c’est d’être le miroir de la société, et de chercher l’humanité malgré tout. Ça ne veut pas dire que je cautionne. Mais je cherche à comprendre quelle est sa part d’humanité, sinon je desserre le propos.

Le fait de tourner dans une fiction d’utilité publique comme celle-ci donne-t-il une nouvelle dimension à votre métier d’actrice ?

Oui. J’aime bien cette idée d’être un peu utile et d’être un miroir de la société, un peu comme le fou du roi. J’aime l’idée de, à mon niveau, faire bouger un peu la société en transmettant des émotions fortes qui font réfléchir. Je me souviens que quand L’Emprise a été diffusé (en 2015 sur TF1, ndlr) et qu’on a dit aux gens à propos des violences conjugales "Tiens regarde", il y en a plein qui ont voulu refermer la porte. Parce que la fiction remettait chacun face à ses responsabilités, à ses instincts primaires. C’est bien plus percutant que des discours. Néanmoins, une bonne comédie romantique me détendra !

"J’avais vraiment besoin de descendre en énergie" : Odile Vuillemin revient sur la scène la plus difficile à jouer

Comment la jeune Flavie Dachy, qui joue votre fille Karine, a-t-elle été protégée sur le tournage ?

C’est la première question que je suis allée poser après avoir lu les séquences de maltraitance. Parce que moi, je n’ai pas envie de traumatiser une enfant. Mon souci n’était pas tant de savoir comment moi j’allais m’en sortir à faire la séquence, mais plutôt comment elle allait le vivre. Finalement, j’avoue que je pense que ça a été plus dur pour moi que pour elle. C’est vrai qu’elle était très bien entourée, et j’ai l’impression que ça ne l’a pas affecté. Du coup, c’était assez facile. Facile et un petit peu déroutant aussi.

Y a-t-il eu une scène particulièrement éprouvante à tourner ?

Celle où je craque et je laisse ma fille à Laurence. Eric a très vite compris qu’il fallait me laisser dans ma bulle. Seulement après, il est venu injecter ce dont il avait envie et besoin. Cette scène m’a demandé une concentration très particulière. J’étais avec la musique, je ne communiquais pas vraiment. D’ailleurs, je suis allée m’excuser après. Mais j’avais vraiment besoin de descendre en énergie pour essayer de me mettre dans un état et y rester parce que sinon, les trajets étaient beaucoup trop énergivores. Après, l’autre difficulté plutôt marquante, d’une manière générale, c’était de réussir à ne pas jouer le personnage, pour atteindre un degré de sincérité assez atroce. Je me suis surprise, à un moment donné, à rire en pleine prise tellement c’était horrible. Je ne sais pas si c’est pour se protéger ou parce que le personnage est tellement caricatural dans son horreur que quelque part on le caricature un peu aussi dans le jeu. Quoi qu’il en soit, c’était très intéressant à analyser.

Par
Camille Sanson