Signalements : « Je l’ai joué comme ça, mais le réalisateur n’en a pas voulu »… Cécile Bois revient sur la scène « inepte » du commissariat

Mis à jour le 8 janvier 2026 à 15:49
© Manuelle TOUSSAINT/AndSoOn/FTV
INTERVIEW. L’actrice incarne une femme qui s’est battue pendant des années pour sauver sa nièce, victime de maltraitance. Un rôle inspiré d’une histoire vraie, qui lui a valu un prix au Festival de la fiction de La Rochelle.

Vous êtes-vous documentée avant le tournage sur le terrible fait divers que retrace cette fiction ? 

Cécile Bois : Je n’en ai pas ressenti le besoin. Dans un premier temps, je me suis tournée vers Hubert Besson, le producteur, et ensuite vers le réalisateur, Éric Métayer, qui avait un autre regard sur l’histoire. 

Pour autant, vous avez échangé avec la vraie Laurence Jambu, que vous incarnez à l’écran… 

Oui, lorsque je me suis posé des questions sur des réactions qu’elle avait pu avoir, à des moments précis. Comme celui où elle apprend que l’on va lui retirer sa nièce, Karine, pour la placer dans un foyer. Et lorsqu’elle écrit la lettre dans le commissariat. Cette scène était tellement inepte que je me suis demandé comment on peut humainement réagir à cela. Elle m’a dit : "J’ai ri, j’ai pleuré, j’ai ri, j’ai pleuré." Je l’ai joué comme ça, mais le réalisateur n’en a pas voulu. Je comprends, ça aurait été trop, et aurait desservi le moment. Nous avons donc été beaucoup plus sombres. 

Cécile Bois :  "Je ne fais pas ce métier pour raconter des histoires fortes"

Cette histoire met en lumière l’inaction des services publics. Pensez-vous qu’il s’agisse d’un problème de moyens ou d’un manquement humain ? 

Je crois que c’est un problème d’individu. Le personnage de Coralie (Pauline Nuez), par exemple, a essayé de faire bouger les choses, mais elle a été confrontée à un problème hiérarchique. Si une personne est suffisamment puissante, forte, et bien placée au sein de l’Aide sociale à l’enfance, elle peut être plus efficace que dans un autre département, où tout le monde va se cacher derrière la procédure. 

Comment la jeune Flavie Dachy, qui joue Karine, a-t-elle été protégée sur le tournage ? 

Elle était très entourée, l’équipe l’avait "adoptée". Elle avait également un coach, qui lui était entièrement dédié. Elle se sentait très bien. De mon côté, pour une question d’énergie, j’étais très peu avec elle en dehors des scènes que nous partagions. J’avais envie d’être cueillie par son regard. Je ne voulais pas m’y habituer. Mais c’est vraiment par rapport au rôle, parce que, habituellement, dans les fictions que je tourne avec des enfants, j’ai plutôt tendance à être beaucoup avec eux. Là, non, il ne le fallait pas. 

Le fait de jouer dans une fiction sociétale comme celle-ci, avec un message fort, donne-t-il une autre dimension à votre métier d’actrice ? 

Je crois que ça ne se pose pas en ces termes. Déjà, dans ce métier, il y a plein de rebondissements. Rien n’est jamais pérenne. On ne sait pas si l’on va travailler le lendemain. Donc, je ne crois pas que l’on puisse dire qu’une fiction forte comme celle-ci va changer notre carrière ou lui donner une orientation plus engagée. Je ne fais pas ce métier pour raconter des histoires fortes. Je le fais pour jouer et y trouver toujours du plaisir. L’enjeu étant qu’il faut que je sois crédible dans le plaisir que je prends. Après, si les sujets sont porteurs et peuvent faire bouger la société, je trouve ça extrêmement gratifiant et merveilleux. Mais cela ne m’appartient pas.

Par
Camille Sanson