Nicolas Gob (Le Combat d’Alice) : « On s’insurge mais en réalité il n’y aura que dalle derrière »

Publié le 21 mai 2025 à 9:13
Nicolas ROBIN - FTV - APRIMEGROUP
Enquêteur dans L’Art du crime (France 2), Nicolas Gob change radicalement de registre pour incarner dans Le Combat d’Alice ce père dont la fille adolescente tente de sauver un veau de l’abattoir. Rencontré en septembre dernier lors du Festival de la Fiction de La Rochelle, le comédien s’est confié sur ce téléfilm à découvrir ce soir sur France 2 mais aussi sur sa colère et son inquiétude face à l’état du monde d’aujourd’hui.  

Comment a été accueilli ce film lors de son avant-première pendant le Festival de la Fiction de La Rochelle ?

Je crois que les gens ont été touchés, peut-être de manière pudique. Je ne sais pas si on déclare facilement sa flamme à ce genre de films, mais je pense que ça éveille les consciences. 

C’est ce qui vous a plu dans cette fiction ? 

Oui, mais pas que. Cette relation père-fille m’intéressait aussi. C’est une sorte d’introspection.

Etes-vous comme votre personnage avec vos enfants ? 

Je crois que je suis très à l’écoute. On fait partie d’une génération de parents très inquiets – moi je ne le suis pas – mais très aimants et protecteurs. On voit bien qu’on surprotège nos enfants. Il suffit de faire le parallèle avec ce qu’on faisait enfant pour le comprendre. J’ai 42 ans. Quand j’avais 10 ans en Belgique, je disais à mes parents le matin : "Bon, je me casse. A tout à l’heure". Je prenais le vélo et je revenais à 18h. On n’avait pas de portable et je n’appelais pas de la journée. Il n’y avait pas cette forme d’inquiétude actuelle. 

De nombreuses grèves agricoles ont eu lieu pendant le tournage du Combat d’Alice. Sont-ils venus vous présenter leurs problématiques ?

Certains sont venus au moment du tournage. Mais je pense que la problématique est claire. Après, la façon dont ils la dirigent et dont elle impacte le monde politique, c’est différent.  On en revient à ce que devient l’insurrection dans l’espace public. C’est une vraie question : comment se révolte-t-on ? Et au-delà de la révolte, comment montre-t-on notre désaccord ? A un moment, il faudrait y aller plus frontalement. On est de prime abord pacifique et on a du mal à aller vers le conflit et le combat.

Nicolas Gob révolté face au non-sens du monde

Les grèves ont peu d’effets aujourd’hui… 

C’est marrant car c’est presque devenu une habitude. On s’insurge, on dit des choses mais on sait, en réalité, qu’il n’y aura que dalle derrière. On s’habitue presque. 

Lors du festival, Carole Bianic, votre partenaire dans Le Combat d’Alice, regrettait que les adultes aient perdu ce côté révolté. La déception fait peut-être baisser les bras… 

Peut-être… Mais on nous raconte aussi qu’on n’a pas le droit de l’être, révolté. On peut trouver, de manière individuelle, sa vérité et ça peut impacter le collectif. Mais en fait, c’est du grand foutage de gueule je pense. Je suis assez pessimiste à vrai dire à ce sujet. On me raconte qu’il faut trier ses déchets, ce qu’on fait tous. On est éveillés, on ne prend pas de bain, on essaie tous des choses à notre niveau. Et le lendemain, on entend qu’un trou de balle a acheté un yacht 500 millions de dollars et va impacter le monde avec son CO2… C’est ridicule ! Il y a un non-sens total. Je trouve qu’on a perdu le sens commun et la logique. Je crois que ce film, Le Combat d’Alice, est quand même nécessaire, même si dans mon petit cœur, j’ai l’impression que ça ne sert à rien. Ça me fait d’ailleurs assez mal de l’avouer… 

Pourriez-vous, comme Alice, à aller à l’encontre de la loi pour défendre une cause qui vous tient à cœur ?

Non… Honnêtement, je crois que je n’oserais pas. La société nous a aussi inscrit dans un réflexe de conservation et d’adaptation. Comme j’ai des enfants, j’aurais trop peur que ça les impacte aussi. Et même, je me suis octroyé une certaine liberté par mon métier qui est aussi un moyen de réfléchir et comprendre comment faire mieux. Mais faire un acte politique, je n’oserais pas. Nos enfants vont peut-être être plus aptes à faire ce genre de choses. Nous, on est encore un peu inscrits dans une ancienne manière de faire et eux dans une nouvelle. Il y a un conflit de génération intéressant.

On vous sent inquiet pour vos enfants…

Pour nous tous en fait. J’ai parfois des angoisses quand je me demande comment on peut tous participer à ce grand n’importe quoi. J’aurais envie de dire : "En fait salut, toutes vos merdes, tous vos trucs. Salut !" Plein de gens prennent cette décision et se cassent comme ça en mer ou habiter je ne sais où pour planter leurs tomates. Mais encore une fois, c’est personnel et ça ne traduit pas le collectif. Le monde continue de tourner.

 

La belle déclaration de Nicolas Gob à sa partenaire du Combat d’Alice (France 2)

Lors de la conférence de presse, Carole Bianic a avoué qu’elle a eu peur que le film soit trop didactique. Et vous ?

Non, je ne pensais pas à ça. Je pensais qu’il allait tirer tout droit car il a un message clair. J’étais content que le résultat colle à la promesse d’un film simple, conscient et humain. Ce n’est ni didactique, ni moralisateur. Si tu veux continuer à bouffer de la viande après, ok très bien. On te raconte juste que le monde change et que toi tu fais partie de ce monde. Point barre. 

Avez-vous fait ce constat et arrêté la viande ?

Non, j’en mange encore un peu.

Vous avez changé votre manière de consommer ?

Oui mais pas que par rapport à la viande. C’est général. Ce qu’on achète, ce qu’on jette aussi, le gâchis que ça peut faire… Je consomme moins et en même temps je trouve ça vain. Moi, je mange moins de viande, je fais mes petits trucs… On achète une voiture hybride, on recharge tous les jours. Est-ce que ça va impacter le collectif ? Pour moi, ce n’est pas le peuple qui devrait être éduqué, mais l’éducation. C’est pour ça que ça me semble parfois un peu perdu d’avance.

Un mot sur votre partenaire Lucy Loste Berset, qui joue Alice ?

Lucy porte déjà cette revendication et ce ras-le-bol. Les gars qui achètent des yachts, les jeunes ça leur crève la tronche parce qu’ils se projettent. Moi je me dis encore que j’ai une certaine installation dans la vie. Je vais parler comme un vieux con mais quand je vais mourir, ça n’aura rien de fou. Mais eux, seront encore là après. Donc ils voient les choses d’une autre manière. Ils (les jeunes, ndlr) ne peuvent plus être étrangers à ce qu’on leur sert, ils ne peuvent pas être dupes. Ils se doivent de ne plus l’être. Ils ne supportent pas des choses qu’on tolère. Je ne sais pas ce que ça va donner comme génération, mais ils ne se laissent pas faire.

Et quelle actrice est-elle ? 

Elle a un truc brut et déjà une vraie maîtrise de son métier, de son art. J’espère que c’est une future grande. Elle est vraiment super. Elle a encore cette innocence et un truc énigmatique. Elle a quelque chose qui la dépasse. On en ferait presque une icône, une Bardot. Elle a un truc dans le jeu, le visage, la manière dont elle s’imprègne à l’image. Elle a vraiment quelque chose à part. 

Dans votre dernière interview à Télé 7 Jours, vous disiez que vous rêviez de faire un film d’action….

Oui et c’est l’une des raisons pour lesquelles je fais ce métier. J’ai fait du karaté toute ma vie. Le combat, je m’en fous. Je ne me suis jamais battu de ma vie. Je ne suis pas du tout dans ce délire-là. Mais oui, l’action, ça m’intéresse. J’ai été bercé à ça, avec Stallone, Schwarzy, Tom Cruise… Et je sais le faire, je suis prêt. Là, j’ai fait une série où j’ai enfin des scènes de combat : Ma mère est une espionne réalisée par Leo Karmann, le fils de Sam Karmann. C’est un projet M6 avec Marie Gillain et Arnaud Ducret.

Le Combat d’Alice est à voir ce soir à 21h10 sur France 2

Par
Pauline Hohoadji