Comment vous êtes-vous saisie de ce témoignage (le film est adapté du livre autobiographique de Sébastien Boueilh baptisé Le Colosse aux pieds d’argile) ?
Je connaissais un peu le rugbyman mais pas son association. La productrice est venue me voir pour me demander si je voulais lire le livre de Sébastien et je l’ai fait. Comment ne pas être touchée par cet ouvrage ! C’est impossible ! J’ai tout de suite dit oui pour ce film. Si je pouvais faire ça pour les enfants…. J’adorerais avoir fait un film qui permette de promouvoir la libération de la parole.
Vous sentiez-vous investie d’une mission ?
Oui, d’abord parce que c’est une histoire vraie mais également parce que j’ai rencontré la personne à qui c’est vraiment arrivé. Sébastien a suivi toutes les étapes de la préparation et du tournage. Il me racontait tout dans les moindres détails, c’était très fort. Ma mission était de retranscrire la vérité de sa souffrance. Je me suis aussi dit que si à la fin du film un gosse téléphonait à l’association, ce serait un enfant de sauvé. S’il y en a dix – enfants ou adultes -, ce sera encore mieux ! Le Colosse aux pieds d’argile est un film sur un enfant abusé mais aussi sur un homme de 45 ans qui fait 1,90m et qui a porté plainte alors que ce sont des faits difficiles à dire.
Que vous a apporté la présence de Sébastien Boueilh ?
Je parlais avec lui quand il y avait des choix importants à faire pour m’assurer que je ne me trompais pas, surtout au niveau de la réaction d’un enfant à tout ça. On ne voit pas sur son visage qu’il est abusé. Comment peut-on déceler ce qui se passe ? Je l’ai interrogé à ce sujet et sur ses liens avec ses parents. Je n’ai pas pu adapter tout son livre dans ce film. C’est un simple unitaire, il fallait faire des choix et couper.
Qu’avez-vous mis de côté ?
Tout ce qui concerne l’histoire de Sébastien est fidèle. On a juste un peu romancé certaines choses en donnant par exemple comme déclic à la libération de sa parole sa rencontre avec un enfant abusé. Elle lui renvoie une image de lui qui le pousse à parler. On n’allait pas non plus raconter tout son viol ni tout ce qu’il a vécu à travers tous les âges. On a résumé sur une courte période.
Pourquoi avoir gardé le même titre que son livre qui est aussi le nom de son association ?
On aurait pu changer mais je trouvais ça tellement dommage… J’aurais aimé qu’il y ait un débat à la télévision ensuite, ça aurait été génial. L’une des séquences du film (celle recréant une intervention de Sébastien auprès d’enfants pour les sensibiliser aux violences sexuelles ndlr) n’a pas été mise en scène. Nous sommes rentrés dans cette école et j’ai demandé à Sébastien d’écrire son discours habituel quand il fait une intervention. Eric Cantona l’a appris par cœur et leur a parlé sans qu’on dise moteur. C’est presque du documentaire.
À lire également
Parlez-nous d’Eric Cantona, que vous avez dirigé dans plusieurs épisodes du Voyageur…
J’ai eu la chance de faire quatre films avec lui pour France Télévisions et c’était génial. Je l’adore et nous sommes devenus très proches. Nous avons la chance d’avoir une vraie entente artistique et humaine. Quand je lui ai proposé Le Colosse aux pieds d’argile, il était évidemment partant.
C’était une évidence pour vous de lui faire jouer Sébastien Boueilh ?
Un mec balèze avec un accent du midi, il n’y en a pas cinquante ! (rires) J’ai tout de suite pensé à lui. Et il a accepté tout de suite. Il a perdu une dizaine de kilos pour ce rôle, on lui a noirci les cheveux et la barbe. Avec Eric, ça ne peut que bien se passer. C’est l’une des rares personnes de ce métier aussi loyale, droite et honnête. Il m’a toujours étonnée. Il est très délicat, timide, pudique et bienveillant envers les autres.
La réalisation alterne entre passé et présent. Pourquoi ?
Avec la scénariste, on s’est dit que pour raconter cette histoire, il fallait qu’on voie Sébastien enfant. On s’y attache tout de suite. Et un déroulé chronologique aurait fait intervenir Eric Cantona uniquement dans la deuxième partie du film. Mais j’ai eu l’idée de le montrer nu sous la douche dans la première scène, de partir de ses pieds pour monter et faire des plans dans lesquels il s’habille. Il fallait montrer "le colosse".
Vous avez aussi réalisé une partie de la saison 1 de Lycée Toulouse Lautrec (TF1). Ces histoires vraies vous touchent particulièrement ?
C’est en effet ce genre de projets qui me botte ! Quand on aime les gens, on a toujours des choses à raconter. C’est ce que j’aime dans mon métier. L’histoire doit d’abord me faire de l’effet.
Vous étiez actrice (J’ai faim !!!, LOL, Capitaine Marleau..) avant d’être réalisatrice. Pourquoi avoir arrêté de jouer ?
Je ne tourne plus, à part pour certains copains. Ce n’est pas que je ne prends pas de plaisir à jouer, mais être actrice est trop difficile. Moins je vois ma gueule, mieux c’est. Je ne me supporte pas, c’est comme ça.
À lire également
Pauline Hohoadji