Aviez-vous des appréhensions à l’idée de raconter cette histoire vraie ?
Pas du tout. Avant de recevoir le scénario, on m’a transmis l’autobiographie de Sébastien qui se termine par le procès. L’une des seules questions que je me suis posées, c’est : "Où est ma place ?" Mais ce rôle, c’est ce que j’ai envie d’interpréter car il y a un message.
Est-ce une fiction d’utilité publique pour vous ?
Oui, ce film est important car c’est vraiment un fléau. Le cas de Sébastien Boueilh n’est pas isolé : un enfant sur cinq a vécu la même chose… Certains l’ont même reproduit. Moins les victimes seront nombreuses, moins il y aura de gens pour le reproduire.
Dans son livre, Sébastien évoque la "mort émotionnelle vécue entre ses onze et ses trente-quatre ans" et le fait qu’il n’a pleuré que deux fois en vingt ans…
On ressent bien dans l’histoire que tant qu’il n’arrivera pas à s’aimer, il ne pourra pas aimer quelqu’un d’autre. Mais il devient un écorché vif et la violence qu’il peut avoir est une émotion. Il a tellement enfoui les choses en lui… Je pense que si on arrive à pleurer, on arrive à parler même si les réactions sont différentes selon les personnes. Il a depuis réussi à pleurer et raconte très librement de ce qui lui est arrivé. Même parfois de manière très crue. C’est comme s’il nous parlait des courses qu’il allait faire, ça peut même être dérangeant certaines fois pour ceux qui sont autour. Aujourd’hui, sa mission c’est sensibiliser pour ne pas que ça arrive aux autres. Et c’est beau.
Vous êtes-vous laissé une liberté d’interprétation ou avez-vous voulu rester le plus fidèle possible à l’homme que vous incarnez ?
J’ai rencontré Sébastien avant le tournage et il est souvent venu sur le plateau pour des scènes vraiment importantes, comme la première fois où sa parole se libère. Je tenais à ce qu’il soit là et qu’on en discute. Je ressentais instinctivement des choses mais par honnêteté et correction, je voulais avoir son aval pour être le plus proche possible de ce qu’il a pu vivre à ce moment-là et de la difficulté pour sortir tout ça. Moi, je n’ai pas connu ce qu’il a vécu. Même si le film est librement inspiré de sa vie, ça reste son histoire. Ça rassure aussi de se dire qu’on est sur la bonne voie. Son aval permet de se libérer.
Sébastien Boueilh décrit son procès comme "le meilleur de jour de son passé". Comment s’est passé le tournage de cette scène si importante ?
Je me rappelle de cette séquence… A un moment, le président de la cour contredit l’accusé en disant : "Non monsieur, VOUS êtes…" Je trouvais étrange qu’il accuse avant de juger car ce n’est pas le rôle de la justice. J’ai demandé à Sébastien et c’est effectivement ce qu’il s’est passé. Ce sont des petits détails qui amènent énormément de crédibilité à ce téléfilm.
Etait-ce dur pour vous de le voir revivre certaines choses difficiles ?
Au contraire, ça ne m’a pas mis de pression. De ce travail fait avec Sébastien sont nés la confiance et un plaisir d’interpréter.
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La réalisatrice Stéphanie Murat nous a confié que la scène dans laquelle vous êtes face à des élèves a été tournée de manière presque documentaire…
C’est vrai, ces gamins n’étaient pas des acteurs mais de vrais élèves de l’école. Des enfants qui ont peut-être vécu des choses eux-aussi. Je leur ai parlé comme Sébastien le fait lors de ses interventions (avec son association Le Colosse aux pieds d’argile, ndlr). C’est presque du documentaire. Cette séquence est primordiale. Je parle à ses enfants comme à tous ceux qui sont devant leur écran de télévision.
Vous avez perdu une dizaine de kilos pour ce rôle. Vous avez aussi teint votre barbe et vos cheveux. Pourquoi ?
J’ai doublé mon activité sportive pour renforcer le côté fin et musclé. Je n’ai pas cherché à me transformer mais à ressembler le plus possible à Sébastien à cet âge-là. Il est d’ailleurs toujours aussi costaud et impressionnant.
Ce film est tourné par Stéphanie Murat qui vous a déjà dirigé dans Le Voyageur. Sa présence vous a-t-elle rassuré quant au traitement fait de cette histoire ?
Je la connais depuis longtemps et je l’aime beaucoup. Qu’une femme ait réalisé ce film apporte peut-être quelque chose de particulier. Elle a su gérer les choses, notamment pour les scènes entre le gamin et son agresseur. Ce n’est pas frontal. Elle montre ça avec beaucoup de finesse et ça n’enlève pas la force de la séquence.
Interrogé il y a quelques mois par l’Equipe, Sébastien Boueilh a pointé du doigt le manque de réaction de la FFF face aux affaires de violences sexuelles : "La FFF (Fédération Française de Football, ndlr), on l’appelle "la grande muette". (…) Il faut rajeunir ces fédérations tenues par des ancêtres du sport ! Ensuite, je demanderais non seulement la mixité mais la parité dans les instances. On s’aperçoit que lorsqu’une femme est à la tête de la fédération, en termes de violences sexuelles, les choses bougent un peu plus vite". Que vous inspire cette déclaration ?
La FFF est concernée par très peu de choses… On parle de racisme et d’abus sexuels et ils ne se sentent pas concernés même si tout ça existe dans le football. Mais ça ne concerne pas que le domaine du sport, ce fléau se passe partout : à l’église, dans les écoles, à la maison… Un enfant sur cinq vit ça selon les chiffres de l’association Le Colosse aux pieds d’argile. C’est énorme…
Pauline Hohoadji