"Je n’ai pas commencé à faire le comique pour me retrouver devant le public. C’était pour faire rire ma mère, qui était dépressive. Pour moi, le rire a cette fonction formidable de permettre aux gens de se déconnecter de leurs problèmes", confiait Jim Carrey en 2010, lors d’une rencontre à la Cinémathèque française, à Paris.
Né au Canada, en 1962, il débute sa carrière à 15 ans par le stand-up. Le conservatoire, pour ce showman instinctif au talent si singulier. Il débarque à Los Angeles en 1981 avec des rêves de cinéma plein la tête mais les poches vides. Il décroche son premier rôle deux ans plus tard dans Copper Mountain, où il impose sa marque : l’incroyable plasticité de son visage. On l’aperçoit dans Peggy Sue s’est mariée, de Coppola, dans L’Inspecteur Harry est la dernière cible, avec Clint Eastwood.
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Tout bascule en 1992, à la mi-temps du Super Bowl : 22 millions de téléspectateurs, un quart de l’audience, zappent sur Fox pour voir le show satirique In Living Color, où un zigoto incroyable nommé Jim Carrey met chaque semaine le feu : l’Amérique est pliée en deux. Ces gimmicks cartoonesques, son corps élastique servent une Vis comica régressive bien déjantée, un brin inquiétante aussi, qui le propulse artiste comique de l’année 1994 : Ace Ventura, détective chiens et chats (Tom Shadyac), The Mask (Chuck Russell) et Dumb & Dumber (Peter et Bobby Farrelly) se classent tous n° 1 au box-office US ! On le compare alors à Jerry Lewis, son idole.
UN ACTEUR COMPLET
Les succès planétaires s’enchaînent, pour la beauté du rire… mais pas seulement. Les pitreries du clown ne sont pas toujours gratuites : dans les années 90, Carrey n’aura de cesse de tendre un miroir inconfortable à ses concitoyens. Avec un art certain pour le meilleur mauvais goût, le trublion de Hollywood démasquera par la poilade les discriminations, l’hypocrisie bien-pensante, les travers et l’envers du rêve américain. Sur les plateaux des late shows, il excelle dans le coup d’éclat permanent. Mais Carrey n’est pas juste un rigolo.
À fleur de peau, il investit avec brio le registre dramatique ( Man on the Moon, de Milos Forman), le tragicomique ( The Truman Show, de Peter Weir) et le mélo intello ( Eternal Sunshine of the Spotless Mind, de Michel Gondry). Et aussi les divertissements pour enfants : Le Grinch, Le Drôle de Noël de Scrooge…
Depuis 2014, hormis quelques apparitions (dont la saga Sonic et la série Kidding, signée Gondry), l’acteur, qui n’a pas caché avoir traversé une dépression, privilégie les arts plastiques pour s’exprimer. En 2022, fort d’une filmographie comptant une quarantaine de longs-métrages, il annonçait sa retraite de l’industrie du cinéma pour laquelle il en a « fait assez ». Des adieux en carton ? Faut voir. « Si les anges m’apportent un script écrit à l’encre d’or, je pourrais continuer, mais là, je fais une pause. » Se passer d’un tel talent, une référence pour beaucoup (dont Benjamin Lavernhe, le maître de cérémonie de la soirée), serait une énorme faute de goût. Puisse ce César d’honneur inspirer les anges !
51e cérémonie des César, jeudi 26 février à 20h30 sur Canal+