Comment voyez-vous Arnaud, votre personnage, qui semble être le plus tourmenté de la bande de « potages » (surnom que se sont donné ces rescapés du Bataclan, contraction de potes et d’otages) ?
Benjamin Lavernhe : En effet, Arnaud a en lui quelque chose d’une grande noirceur qui l’envahit et qui, sans doute, le précédait un peu avant le drame du Bataclan. Il est habité par cette haine envers les terroristes. Un sentiment que l’on préfère généralement ne pas mettre en avant, au profit du pardon, symbolisé par le fameux slogan « Vous n’aurez pas ma haine ».
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Mais, finalement, n’est-ce pas cette rage qui le fait avancer ?
Il a besoin de vivre cette haine et ce désir de vengeance. Il expliquera plus tard, au procès, combien le fait d’être vivant, alors que les « restes » du terroriste, en morceaux, étaient éparpillés autour de lui, lui avait procuré un sentiment de soulagement, de libération et de joie… Ce ne sont certes pas des sentiments très nobles, mais il a le mérite d’être honnête. On attendrait de lui qu’il pardonne et qu’il avance la tête haute, mais ça reste un être humain. Comment aurions-nous réagi à sa place ?
Lors d’une soirée avec ses camarades, Arnaud enjolive l’attitude qu’il a eue pendant la prise d’otages, mais se rétracte peu après… Pourquoi ?
En fait, il n’a jamais jeté un oeil à son épouse, Marie (Alix Poisson), lors de leur détention. Quand le groupe le lui rappelle, il leur explique que s’il ne la regardait pas, c’était pour la sauver. Il ne voulait pas que les terroristes voient qu’il y avait un lien entre eux afin qu’ils ne s’en servent pas comme moyen de pression. Arnaud avouera par la suite à Marie qu’il était simplement terrorisé et qu’il ne pensait à ce moment-là qu’à sauver sa peau. Cette séquence raconte qu’il a fait comme il a pu. C’est le luxe de cette série, de décortiquer les discours des survivants face à leurs proches, entre eux ou face au psy… On les découvre avec leurs faiblesses. Ils sont terriblement humains dans leur complexité.
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Pourquoi les rapports avec son père, joué par Sam Karmann, sont-ils aussi tendus ?
Le père ne supporte pas de voir la vie de son fils détruite. Il tente de passer outre et de faire comme si cela avait été surmonté. Arnaud le prend très mal et considère cette attitude de son père comme un manque d’empathie. Il faut savoir que les proches des victimes sont des victimes collatérales. Ce n’est pas facile de trouver le juste comportement face à des gens qui ont subi un tel traumatisme.
"C’est une grande prière collective à la mémoire de ceux qui sont tombés ce soir-là"
Qu’attendez-vous de cette série ?
C’est une oeuvre qui aura le mérite d’exorciser ce traumatisme national. Dix ans se sont écoulés. Le temps du récit est venu. Avant, c’eût été trop tôt. Cette série est tournée vers la vie, l’espoir, le lien humain. C’est aussi une grande prière collective à la mémoire de ceux qui sont tombés ce soir-là. Sa portée est universelle et s’adresse à tous ceux qui ont vécu l’innommable et doivent se reconstruire…
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Des vivants, lundi 10 novembre à 21h10 sur France 2