Autonome, vraiment ?
"Qu’est-ce que l’IA ?, se demande Docteur Milagros Miceli, chercheuse, sociologue et ingénieure en informatique. En fait, c’est une question piège. On parle de “systèmes intelligents” qui réalisent des tâches sans aide humaine. Mais ce n’est pas vrai. On parle en réalité d’humains qui travaillent en coulisses…" Ces petites mains sont appelées data workers, des travailleurs de données. Leur rôle est d’alimenter constamment les systèmes pour rendre les IA les plus performantes possibles. "C’est complètement intentionnel que cet aspect de travail et de ressources soit soustrait aux yeux du grand public, poursuit la chercheuse." Et pour cause…
À lire également
« Arrêtez de vous moquer » : Anne, escroquée par un faux Brad Pitt, répond à ses détracteurs (VIDEO)
Travailleurs de l’ombre
Dans la prison pour femmes d’Hämeenlinna, en Finlande, les détenues saisissent des données pour des entreprises spécialisées dans l’IA. « Quand on débute, on gagne 3 € par jour, puis, au bout de deux mois, 4,62 €, explique l’une d’entre elles. » Sont-elles compétentes pour faire ce travail ? Non. Mais ce qui compte dans l’alimentation de l’IA, c’est d’abord le volume. D’autres data workers, partout dans le monde, vont regarder les mêmes textes, images et vidéos et répondre aux mêmes questions, dont les réponses seront soumises aux statistiques. Tout ce travail permettra à l’IA de s’approcher le plus possible de l’action d’un être humain.
À lire également
Données exploitées
« Il est temps de prendre du recul aujourd’hui et de comprendre si tout ceci est de l’IA ou s’il y a une composante humaine, explique Uma Rani, économiste en chef au département recherche de l’Organisation internationale du travail. Les humains participent, car ils programment les algorithmes. Mais il y a aussi énormément de travailleurs invisibles. » Selon la Banque mondiale, il y aurait entre 150 et 450 millions de data workers à travers le monde. La grande majorité est originaire ou travaille dans le Sud « global » (Afrique, Asie, Amérique latine).
À lire également
Traumatismes
Pour alimenter la machine, il faut parfois se confronter à des situations difficiles. « J’ai travaillé pour des IA pendant plus de trois ans, confie Faustine Makira, ex-data worker en Afrique. Au début je ne voyais pas cela comme quelque chose de difficile. Mais, au fur et à mesure, j’ai réalisé que je faisais des cauchemars, surtout quand je regardais des affaires de meurtres ou de viols. J’ai sombré dans la dépression et j’ai démissionné. Aujourd’hui, j’ai une clause de confidentialité qui me contraint de ne pas citer l’entreprise pour laquelle je travaillais. Si je l’enfreins, je risque dix ans de prison… » Sam Altman, PDG d’OpenAI, connu notamment pour ChatGPT, explique : « Certains robots voleront des emplois, d’autres tueront des humains. Mais si l’on considère le phénomène dans son ensemble, ce sera extrêmement positif pour l’humanité… » Glaçant.
(info+) : En prélude à ce documentaire, Julia Vignali propose, à 21 h 10, une émission beaucoup plus « ludique » sur l’intelligence artifi cielle. Entourée de spécialistes, elle mène plusieurs expériences montrant les différentes utilisations de l’IA. Que ce soit dans la musique, la cuisine, ou même la séduction, la voyance et les chasses au trésor.
Les Sacrifiés de l’IA, mardi 11 février à 22h40 sur France 2