Le Procès de Klaus Barbie (France 2) : Le boucher de Lyon face à la justice après 40 ans de cavale

Publié le 8 avril 2025 à 8:10
© Dana Productions - Mediawan
La fuite en Amérique du Sud du « boucher de Lyon » a obligé les victimes à patienter jusqu’en 1987 pour qu’il soit enfin jugé pour crimes contre l’humanité. Récit poignant d’une traque et d’un procès historique. 

Entre 1942 et 1944, Klaus Barbie, chef de la Gestapo de Lyon, fait déporter 14 000 Juifs et résistants. Avant leur transfert vers les camps de la mort, des femmes, des hommes et des enfants subissent toutes sortes de tortures dans la prison de Montluc, sous le regard sadique de leur tortionnaire. Ce regard, certains vont le recroiser en 1987, quand Klaus Barbie se retrouve assis sur le banc des accusés, pour le premier procès pour crimes contre l’humanité se déroulant en France. Robert Badinter, alors ministre de la Justice, vote une loi pour que des caméras puissent capter le récit poignant et digne des victimes face à un bourreau impassible. « Ce serait une atteinte à l’Histoire si ce procès n’était pas filmé », déclare Robert Badinter, dont le propre père, Simon, a été déporté sur les ordres de Barbie. Gabriel Le Bomin a visionné 140 heures d’audience pour réaliser ce documentaire en trois parties : « Une plongée dans les abymes de l’âme humaine et dans un labyrinthe d’archives, dont il fallait tirer un récit de 3 x 52 minutes en évitant une écriture zapping. » Mission réussie. 

BARBIE SAUVÉ PAR UN LAMA… 

Le film revient également sur ce qui a permis à Barbie d’échapper à la justice. Planqué en Allemagne, il est exfiltré en Bolivie en 1951 par les services secrets américains. « Le procès des dignitaires nazis a eu lieu à Nuremberg. Pour les Américains, Barbie n’est qu’un troisième couteau qui a lutté contre la Résistance et qui connaît les communistes. Cela paraît impensable, mais en pleine guerre froide, ils vont le recruter et le protéger », explique Gabriel Le Bomin. Sous le nom de Klaus Altmann, Barbie coule des jours paisibles à La Paz, avec femme et enfants.

Mais le couple Beate et Serge Klarsfeld, qui s’est lancé dans une traque des nazis, repère Barbie dans son refuge et multiplie les actions dans les années 70. Analyse de photos pour prouver que Barbie et Altmann ne font qu’un, interview télévisée de ce dernier par le journaliste Ladislas de Hoyos, pour qu’à sa diffusion en France, les victimes le reconnaissent et se constituent partie civile, et même tentative infructueuse de kidnapping ; la voiture dans laquelle les militaires doivent l’enlever heurte un lama sur la route ! En 1983, Barbie est enfin extradé et incarcéré, sur les ordres de Badinter, à la prison de Montluc. Le procès s’ouvre le 11 mai 1987. Barbie doit répondre de trois chefs d’accusation : rafle de la rue Sainte-Catherine, déportation des enfants d’Izieu et dernier convoi pour les camps en août 1944. 

L’ACCUSÉ N’ASSISTE PAS À SON PROCÈS 

À la barre se succèdent les survivants, dont Simone Lagrange, qui décrit les violences que Barbie lui a infligées lorsqu’elle avait 13 ans, puis l’enfer d’Auschwitz, où sa mère sera gazée et son père exécuté sous ses yeux. « Son témoignage est magnifique, il est d’une puissance inouïe. Elle s’exprime sans rancoeur ni désir de vengeance », commente le réalisateur. Coup de théâtre : le troisième jour, Barbie décide (et c’est son droit) de ne plus assister à son procès. Il reviendra le jour du verdict, le 3 juillet 1987, où il sera condamné à la réclusion à perpétuité. Il meurt quatre ans plus tard en détention, le 25 septembre 1991, à 77 ans.

Le Procès de Klaus Barbie, mardi 8 avril à 21h10 sur France 2

Par
Corinne Calmet