Les Disparues de la gare (Disney+) : Comment est née la série tirée d’une histoire vraie ?

Mis à jour le 9 janvier 2026 à 11:29
Présentée en ouverture du Festival de la Fiction de La Rochelle 2025, la série Les Disparues de la gare revient, de manière fictionnelle, sur les meurtres de trois femmes et la disparition d’une adolescente qui ont traumatisé Perpignan entre 1995 et 2001. Pierre Laugier, Virginie Sauveur et Gaëlle Bellan, qui sont respectivement producteur, réalisatrice et créatrice de la série qui sort ce 8 octobre sur Disney+, nous raconte la genèse de cette fiction glaçante.

A quel moment avez-vous décidé de vous saisir du pouvoir fictionnel de cette affaire hors-norme ?

Pierre Laugier : Cette affaire m’intéresse depuis que je suis tout petit car j’ai grandi à Perpignan. Donc j’ai vécu de très près la mort de Mokhtaria Chaïb. Assez vite, la population a fait le rapprochement avec la disparition de Tatiana Andujar puis les meurtres se sont enchaînés. Le mystère n’a cessé de s’épaissir et j’ai vraiment grandi avec cette histoire qui m’a hanté jusqu’aux arrestations de Marc Delpech et Jacques Rançon. Devenu producteur, j’ai rencontré Gaëlle Bellan et je lui en ai parlé. Elle a eu la même hantise que moi. Elle avait déjà travaillé sur la série Engrenages (Canal+) et avait fait avec Virginie Sauveur un très beau film sur le droit d’asile. Il y avait déjà cette volonté de raconter le réel à travers la fiction. Gaëlle et moi en avons parlé à Virginie qui connaît aussi très bien l’affaire. 

Virginie Sauveur : Je suis une obsédée des faits divers. J’avais déjà travaillé sur Engrenages mais là, c’était du réel. C’était un challenge notamment vis-à-vis de la famille Andujar avec laquelle Gaëlle et Pierre entretiennent une grande proximité. Elle leur a tout de suite accordé sa confiance. On a essayé de faire au mieux pour faire à la fois une jolie série et du divertissement tout en gardant en mémoire la vie de ces gamines et de cette équipe du SRPJ qui a travaillé toutes ces années.

Les victimes au coeur des Disparues de la gare (Disney+) 

Comment avez-vous trouvé l’équilibre entre la fiction et la réalité ?

Gaëlle Bellan : Ce n’était pas évident, c’est vrai. Mais on a toujours gardé cette frontière en tête. En écrivant, on se demandait ce qu’on pouvait dire et ce qu’il fallait fictionner ou non. Ça a demandé beaucoup de précautions et de délicatesse car des proches de l’affaire sont encore là et il y a la mémoire de ces jeunes filles. C’est une vraie responsabilité.

Virginie Sauveur : Nous avons aussi changé des prénoms et certains détails pour nous éloigner au maximum de la réalité. Mais c’est vrai que c’était très délicat. Nous avons tous gardé en tête, aussi bien de notre côté que de celui des comédiens, cette responsabilité envers les victimes. Nous avons essayé d’être les plus sobres possible sans sous-estimer la douleur des familles. C’était compliqué mais nous avons, je pense, réussi le pari. La série est assez droite et elle raconte assez justement ces 20 années de quêtes très compliquées. Elle évoque aussi l’évolution des techniques de police comme l’ADN et l’informatisation des dossiers.

Est-ce pour cette raison que les meurtres ne sont pas filmés ?

Gaëlle Bellan : Oui. Il ne fallait pas édulcorer les faits parce que ça n’aurait pas été respectueux mais il ne fallait pas non plus se complaire dans cet aspect-là. 

Pierre Laugier : Ce n’est pas le point de vue du tueur. On raconte celui des enquêteurs et des proches de victimes. C’est organique.

Avez-vous eu un quelconque contact avec Jacques Rançon ? 

Gaëlle Bellan : Jacques Rançon ne nous a pas approchés. 

Virginie Sauveur : Mais on ne voulait pas non plus l’approcher. Même chose pour le comédien, Ludovic Berthillot, qui joue son rôle. On ne voulait pas aller dans une complaisance envers cet homme. On était vraiment du côté de ces familles qui attendent et qui cherchent et de ces policiers qui y laissent quelques plumes. 

Le seul nom que vous n’avez pas changé, c’est celui de Marie-José Garcia (Marie-José Andujar dans la série), la mère de Tatiana Andujar. Pourquoi ?

Pierre Laugier : Toutes les autres affaires ont été jugées, donc ce n’est pas le même rapport y compris pour les familles. Là, le mystère reste entier et le dossier est toujours ouvert. Pour nous, entendre ce nom était essentiel dans la série. C’est une affaire qui est encore vivace. Nous avions aussi cette dimension mémorielle sur Oussekine (une série Disney+ qu’il a produite, ndlr).

Comment a réagi la famille de Tatiana Andujar, une des victimes des Disparues de la gare ?

Qui a choisi Mélanie Doutey pour jouer Marie-José Garcia ?

Pierre Laugier et Gaëlle Bellan, en chœur : C’est Virginie ! Et nous avons tous été embarqués par cette idée.

Virginie Sauveur : J’ai toujours adoré cette comédienne, donc j’étais ravie qu’elle accepte ! Je trouvais qu’elle collait vraiment bien à Madame Andujar parce qu’elle a une certaine sensibilité. Mélanie est une grande actrice et un amour de femme. Elle a eu un rapport assez beau et tendre avec Madame Andujar. Nous avons eu beaucoup de chance que la famille de Tatiana nous soutienne. Ils ont vu la série et ont adoré. Je vous avoue que je dors mieux depuis ! C’est une telle responsabilité ! Si la famille n’avait pas aimé le résultat, j’en aurais été infiniment triste et mal à l’aise.

Pierre Laugier et Gaëlle Bellan : C’était le plus important !

Virginie Sauveur : Le plus important était qu’on ne les trahisse pas ! La famille a vraiment fait confiance à Gaëlle et Pierre dès le départ. Elle a été généreuse de dire aussi : "Allez-y, emparez-vous de la série". Je pense que leur générosité nous a donné l’élan pour y aller et ça a facilité les choses aussi pour les acteurs.

Pierre Laugier : Mélanie Doutey s’est énormément impliquée. Elle et Marie-José sont restées très proches. La famille Andujar était là lors de la projection en ouverture au Festival de la Fiction de La Rochelle 2025. Il y a eu beaucoup d’émotion, d’embrassades et de joie. 

Par
Pauline Hohoadji