Exclu du Tour de France pour dopage, Richard Virenque évoque avec franchise l’affaire Festina : « Tout a été mis en place pour m’anéantir »

Publié le 8 juillet 2025 à 9:55
ABACA
En 1998, le Tour de France a été frappé par le scandale de dopage de l'équipe Festina. Impliqué en première ligne, Richard Virenque est revenu sur cette affaire qui a fortement entaché sa carrière.

C’est une affaire qui a marqué la carrière de Richard Virenque. En 1998, le Français est l’un des favoris à la victoire du Tour de France. Trois jours avant le départ de la course, l’un des médecins de l’équipe est contrôlé à la frontière franco-belge avec un coffre rempli de produits dopants, à savoir 234 doses d’EPO, 180 doses d’hormones de croissance et 160 flacons de testostérone. L’équipe est exclue du Tour et Richard Virenque, son leader, est mis en examen : "Tout a été mis en place pour m’anéantir à tous les niveaux", confie l’ancien grimpeur dans un entretien paru dans Ouest-France ce mardi 8 juillet. "Quand est arrivée l’affaire Festina, quand on a vu ce qui s’est passé après, toutes les années d’après, c’était bien la preuve que c’était l’affaire du cyclisme en général qui était malade et malgré tout, ils m’ont tout mis sur le dos et il a fallu que je paye très cher tout ça. Moi, j’étais au fond du trou et pendant que le cyclisme continuait, on m’a mis deux Tour de France à l’écart (1998 et 2001) dans une carrière qui est courte. J’ai eu l’impression d’être décapité. Ils m’ont fracassé. On m’a choisi, moi, pour expliquer le mal-être du vélo. J’ai refusé automatiquement d’être ce porte-parole, et on me l’a fait payer, tout simplement. C’était injuste, quelque part, que je sois sanctionné autant. On m’a sali à vie."

Richard Virenque revient sur l’affaire Festina

Pour Richard Virenque, son traitement dépasse le cadre du sport. L’ex-cycliste assure avoir été également victime d’un coup politique : "En 1997, je fais deuxième du Tour. Bernadette et Jacques Chirac étaient fans de Richard Virenque. Jacques Chirac a demandé à ASO (l’organisateur du Tour), pour 1998, d’avoir une étape en Corrèze, parce que c’était l’année où j’allais gagner le Tour. Mais en septembre 1997, la gauche arrive au pouvoir et moi, je suis considéré comme un pro-Chirac. Et l’affaire Festina démarre. Politiquement, qu’est-ce qu’on fait ? On va s’occuper du poulain de Chirac… Et ils sont venus nous arrêter où ? En Corrèze… L’affaire Festina avait démarré deux jours avant le Tour de France mais ils ont attendu une semaine qu’on soit chez Chirac, dans son village, pour me sortir du Tour."

Richard Virenque le conçoit, le dopage était la norme à l’époque au sein du peloton. Le Français a ainsi expliqué pourquoi il avait nié les faits en premier lieu : "Je trouvais cela normal que je paye à la même hauteur que les autres, car en fait, je ne faisais à l’époque que le « métier », comme on dit. Des choses étaient mises en place, je suis rentré dans un schéma. C’étaient les pratiques de l’époque, c’était comme ça, tu étais pro, tu te mettais au pas des exigences qu’il y avait autour du vélo. Moi, je n’étais pas un mercenaire. Quand j’ai employé l’expression « À l’insu de mon plein gré », cette phrase a fait beaucoup de bruit, mais pour moi, elle a tout son sens. C’était un truc d’ensemble, on avait confiance dans nos médecins, on y allait, c’était normal, on ne le faisait pas à reculons hein… Donc moi, dans l’histoire, je n’étais pas le seul, mais ça a été multiplié pour moi par 3, par 4 !"

"Une supercherie ce procès"

"J’ai été le seul coureur renvoyé de l’équipe, comme si c’était moi le coordinateur, celui qui poussait tout le monde à se doper", poursuit Richard Virenque. "Mais il n’avait rien contre moi. Tout était orchestré. D’ailleurs, on m’a appris en 2009 que ce même juge avait été incarcéré pour corruption. Le comble de tout, c’est que quand le Sénat m’a convoqué, quinze ans après l’affaire Festina, il m’a été révélé les contrôles du Tour 98 réalisés au départ. Il y avait 98 positifs et moi, je n’étais même pas dedans…" Après avoir longtemps nié, Richard Virenque est passé aux aveux en 2000 : "J’ai tenu bon jusque-là, mais j’ai dû me mettre à table parce qu’on m’a fait du chantage."

L’ancien coureur a raconté son échange avec le juge : "« M. Virenque, vous êtes ici, dans une cour, vous devez dire la vérité. Là, si vous ne dites pas la vérité, je vous condamne pour trafic de stupéfiants. Vous savez ce que vous encourez ? » J’avais 30 ans. Si je parlais, il m’avait dit qu’il ne me mettrait pas de condamnation pénale. Mais si je ne parlais pas, il me mettait une condamnation pénale. Je me suis alors dit « Bon, je vais prendre une suspension, ils vont me mettre 3-4 mois, ça va aller… J’ai été blanchi par l’État mais derrière, les instances sportives m’ont remis onze mois de suspension pour bien montrer que maintenant, il ne fallait plus rigoler. Ceux qui avaient avoué tout de suite ont pris trois-quatre mois, mois onze et j’ai raté deux Tours de France. C’était une supercherie, ce procès. J’ai porté le chapeau pour tout le monde." Plus de 25 ans après, Richard Virenque garde des regrets : "J’aurais dû gagner du temps. Le jour où ça a pété, j’aurais dû de suite, comme d’autres, me mettre à table et parler. Mais je représentais tellement que je ne voulais pas parler. J’aurais dû de suite capituler et ne pas rester dans cette position pour devenir la personne à abattre…"

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