S’il était un journaliste respecté, au talent incontesté et à la carrière historique, Jean-Pierre Elkabbach mérite-t-il pour autant, en tant qu’ancien président de France Télévisions, de donner son nom au bâtiment principal du groupe audiovisuel public ? La SDJ (Syndicat des journalistes) de la rédaction nationale de France Télévisions a choisi son camp et a exprimé dans un communiqué "son profond désaccord avec la décision" de Delphine Ernotte, la présidente du groupe. Cette dernière a chois de renommer le siège "Maison Jean-Pierre Elkabbach", en hommage à celui qui est décédé le 3 octobre dernier. "Ce nom ne sera pas le nôtre", répond le syndicat dans le titre de son communiqué. Les membres ont donc décidé de ne pas participer à la cérémonie du changement de nom prévue ce lundi 9 octobre 2023. Dès le 5 octobre, la CGT de France Télévisions s’est insurgée dans un communiqué : "Ils ont osé ! (…) Quand le mail est tombé ce matin (hier, ndlr), beaucoup de salariés ont cru à une mauvaise blague, un gag digne des ‘Guignols de l’info". Pour la CGT, cette annonce est "une mascarade" et Jean-Pierre Elkabbach reste avant tout "une figure des médias privés".
Serge Cimino, élu du SNJ et candidat à la présidence de France Télévisions en 2025, a ajouté sur France Inter : "C’est une très mauvaise idée. Madame Delphine Ernotte s’est un peu précipitée. Je lui rappelle que France Télévisions ne lui appartient pas. A minima, cette décision scandaleuse aurait dû peut-être pousser à une consultation des salariés. Certes, il a initié ce bâtiment quand il était président. Mais ce n’est pas, et loin de là, le meilleur président que nous avons pu avoir à France Télévisions".
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"C’est, à nos yeux, une erreur. (…) Il est impossible d’occulter les zones d’ombre de son parcours", argue le syndicat de la SDJ dans son communiqué, en faisant référence à l’affaire des animateurs-producteurs qui ont valu Jean-Pierre Elkabbach d’être démis de ses fonctions au bout de trois ans, pour avoir versé des salaires mirobolants à Jean-Luc Delarue ou Nagui. "Nous parlons ici de dépenses déraisonnables avec l’argent du service public. La connivence avec de nombreux dirigeants politiques, en particulier ceux au pouvoir. Nous sommes loin des valeurs d’indépendance et de l’éthique journalistique auxquelles nous sommes attachés. À la fin de sa carrière, Jean-Pierre Elkabbach était devenu conseiller de Vincent Bolloré et journaliste pour CNEWS. Il ne nous appartient pas de commenter ces choix, mais il nous semble clair que Jean-Pierre Elkabbach ne peut être choisi comme symbole de l’information de service public", conclut le communiqué de la SDJ. La proximité de Jean-Pierre Elkabbach avec Vincent Bolloré et la quasi-totalité des présidents de la République française depuis le début de sa carrière de journaliste a d’ailleurs également été pointée du doigt la semaine passée par Laurent Ruquier sur BFMTV.