Le trompettiste franco-libanais Ibrahim Maalouf a été écarté du jury du Festival du cinéma américain de Deauville par Aude Hesbert, le nouvelle directrice de l’événement. Cette dernière a expliqué à nos confrères de La Tribune du dimanche que sa décision était intervenue en raison de la condamnation, même s’il a été relaxé en 2020, suite à une plainte pour agression sexuelle en 2013 sur une mineure de 14 ans. Aude Hesbert a expliqué : "Nous lui avons proposé à plusieurs reprises, d’abord par oral, puis par un courrier écrit, de se retirer. Courrier auquel il n’a pas répondu. Nous n’allons pas le remplacer car le jury est déjà constitué. Ce qui est important pour moi, c’est qu’on parle des films, qu’on mette en lumière les talents invités, et que le cinéma soit à l’honneur".
Après Ibrahim Maalouf, c’est au tour de Maïwenn
Puis de détailler : "À l’annonce de la composition du jury le 8 août dernier, il y a eu beaucoup de réactions sur les réseaux sociaux et dans les médias, un malaise s’est installé dans l’équipe, déjà meurtrie par l’affaire précédente (…) Je ne me sentais pas à l’aise avec cette invitation, j’ai donc pris la décision difficile, que j’assumerai jusqu’au bout, d’écarter Ibrahim Maalouf du jury". Ce sont nos confrères du Point qui ont annoncé la nouvelle de l’éviction de la réalisatrice Maïwenn. Cette dernière avait été sollicitée dès le 5 juin dernier par l’ex-directeur du festival Bruno Barde afin qu’elle soit la présidente du jury. Ce choix aurait été approuvé en interne mais "a finalement été remis en question peu après l’éviction de Bruno Barde et son remplacement par Aude Hesbert", indiquent nos confrères. Pour rappel, Bruno Barda est visé par des accusations de harcèlement et d’agressions sexuelles de sept collaboratrices, d’après les révélations de Mediapart.
Comme pour Ibrahim Maalouf qui avait été choisi par Bruno Barde, Aude Hesbert aurait décidé de revenir sur la décision de son prédécesseur en proposant à la place de la réalisatrice de Jeanne du Barry, l’acteur Benoît Magimel. "La réalisatrice avait cependant commencé à composer son jury et contacté l’actrice Anamaria Vartolomei, qui n’y figure finalement pas. Le choix de faire venir Ibrahim Maalouf avait été fait avant la nomination de Maïwenn. La réalisatrice a appris son éviction le 18 juin, par le biais de son agent et quelques jours après la nomination d’Aude Hesbert", a détaillé Le Point.
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Contactée par nos confrères, Aude Hesbert n’a pas encore donné suite à leurs sollicitations mais selon une déclaration officielle de Public Système Cinéma, "Maïwenn avait été invitée par Bruno Barde, hâtivement, de façon informelle et sans concertation avec les équipes quelques jours avant la publication de l’enquête de Mediapart le concernant". "Maïwenn n’a pas été écartée par Aude Hesbert, qui n’avait pas encore été désignée comme directrice générale. Sa nomination a été actée par communiqué de presse le 22 juillet", était précisé dans le communiqué. La réalisatrice pourrait avoir été écartée après ses propos polémiques en soutien à Roman Polanski tenus en 2020. "Polanski a reçu un prix pour un film formidable, où est le problème ? On ne lui a pas non plus décerné un prix Nobel ! Adèle Haenel doit avoir un gros bobo quelque part, pour être partie comme elle l’a fait", avait déclaré Maïwenn à Paris Match. Et de conclure : "Toute cette clique de féministes n’a réussi qu’à faire du mal à la victime de Polanski qui, depuis quarante ans, ne demande qu’une chose : qu’on lui fiche la paix!".
Ibrahim Maalouf répond à Aude Hesbert
De son côté, Ibrahim Maalouf a répondu à la décision d’Aude Hesbert lors d’une interview accordée à nos confrères du Parisien. "On me propose il y a sept mois de participer au jury de Deauville et il y a quelques jours on me demande de me retirer en toute discrétion. Je refuse, évidemment, et j’apprends dimanche dans la presse que je suis écarté… Alors que je suis innocent, que j’ai été relaxé par la justice et que je suis le premier à soutenir ce combat de luttes contre les violences sexuelles et sexistes, qui est primordial et nécessaire", a-t-il déclaré.
Le trompettiste a confié avoir "accepté de porter cette croix" mais que ce n’était pas une raison pour se taire. "Cette fois, je ne peux pas laisser passer cette injustice, cette humiliation. Si je l’accepte, je serai humilié à vie", a assuré l’époux de la chanteuse et actrice libanaise Hiba Tawaji. Et de préciser : "Je vais donc engager non une plainte comme je l’ai lu dans la presse mais une action judiciaire civile contre le festival et sa directrice — que je ne connais pas et contre qui je n’ai rien a priori — pour une faute qui engage leur responsabilité". Puis Ibrahim Maalouf de conclure : "Je voudrais surtout que la justice reconnaisse une grave faute de discernement et un préjudice énorme pour moi. J’ai refusé une trentaine de propositions de concerts pour être à Deauville et mon honneur est de nouveau injustement bafoué".