#MeToo : le trompettiste Ibrahim Maalouf écarté du jury du Festival de Deauville, la nouvelle directrice s’explique

Publié le 25 août 2024 à 12:22
ABACA
Le Festival du cinéma américain de Deauville se retrouve au cœur d'une polémique. Sa nouvelle directrice, Aude Hesbert, vient d'annoncer l'éviction d'Ibrahim Maalouf du jury.

À quelques jours de l’ouverture du 50e Festival du cinéma américain de Deauville, une polémique éclate autour de la présence du trompettiste Ibrahim Maalouf dans le jury. La nouvelle directrice, Aude Hesbert, a pris la décision de l’écarter et en explique la raison.

La directrice du Festival de Deauville évoque un "malaise" 

C’est dans un entretien accordé à La Tribune du Dimanche qu’Aude Hesbert, fraîchement nommée à la tête du Festival de Deauville, a annoncé sa décision d’écarter Ibrahim Maalouf du jury. Une décision qu’elle qualifie elle-même de "difficile" mais qu’elle "assumera jusqu’au bout".

"Ce n’est pas à moi de juger, punir ou condamner, mais la présence d’Ibrahim Maalouf devenait de plus en plus problématique pour la bonne tenue, sereine, d’un festival qui fête son 50e anniversaire, qui est aussi ma première édition et que je souhaite porter avec clarté et transparence", explique-t-elle.

La directrice évoque un "malaise" qui s’est installé au sein de l’équipe suite à l’annonce de la composition du jury le 8 août dernier. "Il y a eu beaucoup de réactions sur les réseaux sociaux et dans les médias, un malaise s’est installé dans l’équipe, déjà meurtrie par l’affaire précédente", précise-t-elle, faisant référence aux accusations visant son prédécesseur, Bruno Barde.

L’ombre du passé judiciaire d’Ibrahim Maalouf

La controverse autour de la présence d’Ibrahim Maalouf dans le jury est liée à son passé judiciaire. Le trompettiste franco-libanais avait été accusé d’agression sexuelle sur une mineure de 14 ans en 2013. Condamné en première instance en 2018 à quatre mois de prison avec sursis et 20 000 euros d’amende, il a finalement été relaxé par la cour d’appel de Paris en 2020.

Malgré cette relaxe, la présence de l’artiste dans le jury du festival a ravivé le débat, dans un contexte où le mouvement #MeToo continue d’influencer le monde du cinéma et de la culture.

L’avocate d’Ibrahim Maalouf, Me Fanny Colin, a vivement réagi à cette décision : "Le festival de Deauville sacrifie un innocent sur l’autel du principe suprême ‘The show must go on’ pour des intérêts mercantiles". Elle ajoute : "C’est omettre en effet que relaxé et reconnu publiquement innocent, c’est tout aussi publiquement et devant les tribunaux qu’il combattra cette éviction injuste et déshonorante pour ses auteurs."

Un festival en quête de renouveau et de transparence

Cette polémique intervient dans un contexte délicat pour le Festival de Deauville. Aude Hesbert a récemment pris la succession de Bruno Barde, en retrait après des accusations d’agressions sexuelles publiées dans Mediapart en juin dernier. 

Face à ces défis, la nouvelle directrice affiche sa volonté de renouveau tout en préservant l’héritage du festival : "Je vais prolonger le travail sur la cinéphilie mené par Bruno Barde, tout en y apportant mon ADN ainsi qu’une nouvelle forme de gouvernance", affirme-t-elle.

Dans cette optique, Aude Hesbert annonce la publication d’une charte contre les violences sexistes et sexuelles dès l’ouverture du festival. "Nous serons extrêmement vigilants sur ces sujets à l’avenir", promet-elle. Elle souligne sa détermination à prévenir "tous les abus de pouvoir, même au-delà de MeToo".

La 50e édition du Festival du cinéma américain de Deauville se tiendra du 6 au 15 septembre. Le jury, présidé par Benoît Magimel sera composé notamment de Ludivine Sagnier et Emilie Dequenne.

Par
Mélissa Tellaa