Aude Hesbert, directrice du Festival du cinéma américain de Deauville, s’est expliquée à La Tribune du dimanche sur sa décision d’écarter le trompettiste franco-libanais Ibrahim Maalouf du jury de l’évènement. Condamné, puis relaxé en 2020, suite à une plainte pour agression sexuelle en 2013 sur une mineure de 14 ans, l’artiste ne fait donc désormais plus partie du jury. La directrice du Festival s’est d’abord justifiée ainsi : "Nous lui avons proposé à plusieurs reprises, d’abord par oral, puis par un courrier écrit, de se retirer. Courrier auquel il n’a pas répondu. Nous n’allons pas le remplacer car le jury est déjà constitué. Ce qui est important pour moi, c’est qu’on parle des films, qu’on mette en lumière les talents invités, et que le cinéma soit à l’honneur". Puis de préciser : "À l’annonce de la composition du jury le 8 août dernier, il y a eu beaucoup de réactions sur les réseaux sociaux et dans les médias, un malaise s’est installé dans l’équipe, déjà meurtrie par l’affaire précédente (…) Je ne me sentais pas à l’aise avec cette invitation, j’ai donc pris la décision difficile, que j’assumerai jusqu’au bout, d’écarter Ibrahim Maalouf du jury".
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Après avoir annoncé que l’artiste allait porter plainte, celui-ci a précisé que ce n’était pas exactement le cas mais qu’il allait bien se tourner vers la justice. Dans une interview exclusive accordée à nos confrères du Parisien, Ibrahim Maalouf a d’abord expliqué pourquoi il est important pour lui de ne pas taire cette affaire dans laquelle il se considère lésé. "Ce n’est pas moi qui la médiatise mais la directrice du festival de Deauville. Ces dernières années, je subis régulièrement des attaques… Je suis marié, papa de trois enfants, j’ai une dizaine d’employés et une dizaine de musiciens, qui me disent à chaque fois de réagir. Mais je me tais pour ne pas mettre de l’huile sur le feu", a-t-il d’abord indiqué. Et de poursuivre : "Cette fois, c’est la goutte d’eau. On me propose il y a sept mois de participer au jury de Deauville et il y a quelques jours on me demande de me retirer en toute discrétion. Je refuse, évidemment, et j’apprends dimanche dans la presse que je suis écarté… Alors que je suis innocent, que j’ai été relaxé par la justice et que je suis le premier à soutenir ce combat de luttes contre les violences sexuelles et sexistes, qui est primordial et nécessaire".
La trompettiste se sent humilié
L’artiste est ensuite revenu sur les conséquences que les accusations d’agression sexuelle ont eu sur sa carrière. "Quand l’affaire a éclaté, en mars 2017, je venais d’avoir un César, une Victoire de la musique et de faire mon premier Bercy. J’ai pris des coups et ma carrière a été impactée. Le soupçon était là. Pendant trois ans, j’ai perdu des amis, des opportunités, des projets de collaborations, mais j’en ai gagné aussi. J’ai été discret, j’ai joué le jeu de la justice", a-t-il détaillé. Et Ibrahim Maalouf de regretter les attaques dont il est toujours la cible. "Où que j’aille, une poignée d’extrémistes demande qu’on annule ou boycotte mon concert. Elles font pression en vain sur les organisateurs et les spectateurs. La plupart du temps, ça n’a aucune incidence. Parfois, je montre les dossiers aux organisateurs pour les rassurer. C’est le combat d’une vie, je le sais", a-t-il expliqué. Le trompettiste a confié avoir "accepté de porter cette croix" mais que ce n’était pas une raison pour se taire. "Cette fois, je ne peux pas laisser passer cette injustice, cette humiliation. Si je l’accepte, je serai humilié à vie", a assuré l’époux de la chanteuse et actrice libanaise Hiba Tawaji.
Rendez-vous devant les tribunaux
"Le festival de Deauville n’est pas un petit festival, c’est une institution internationale qui fête ses 50 ans", a-t-il rappelé à nos confrères du Parisien. Et le trompettiste de reprendre : "Qu’elle cède à l’intimidation est très dangereux pour l’avenir. Je vais donc engager non une plainte comme je l’ai lu dans la presse mais une action judiciaire civile contre le festival et sa directrice — que je ne connais pas et contre qui je n’ai rien a priori — pour une faute qui engage leur responsabilité". Puis le papa de trois enfants de conclure : "Je voudrais surtout que la justice reconnaisse une grave faute de discernement et un préjudice énorme pour moi. J’ai refusé une trentaine de propositions de concerts pour être à Deauville et mon honneur est de nouveau injustement bafoué". Affaire à suivre.