Rémunérations exceptionnelles pour les chroniqueurs, invités payés pour témoigner, système d’indemnisation des humiliations… Une enquête exclusive lève le voile sur les pratiques financières inhabituelles qui font tourner la machine TPMP depuis des années.
Des cachets astronomiques pour les chroniqueurs de TPMP
Selon des documents financiers internes à la société H2O consultés par Mediapart, la production de Cyril Hanouna n’hésite pas à sortir le chéquier pour maintenir son système. Kelly Vedovelli apparaît comme la chroniqueuse la mieux lotie, avec un contrat lui garantissant 16 000 euros mensuels, indépendamment de son nombre d’apparitions à l’antenne. Plus étonnant encore, la chroniqueuse percevait un supplément de 3 000 euros par mois pour des prestations dans l’émission "PAF" alors qu’elle n’y participait jamais. Un ancien de l’émission n’hésite d’ailleurs pas à qualifier cela d’"emploi fictif".
Dans ce palmarès des mieux rémunérés, on retrouve également Raymond Aabou avec 10 000 euros garantis mensuellement, tandis que Géraldine Maillet touche 1 200 euros par émission, avec un minimum garanti de 9 600 euros par mois. Pour le seul mois de février 2024, cette dernière aurait ainsi perçu 24 000 euros hors taxe via sa société Blind Date, pour vingt émissions.
Le système de rémunération semble calibré pour compenser les humiliations publiques que subissent régulièrement certains chroniqueurs. Gilles Verdez, "continuellement stigmatisé par Hanouna pour sa proximité supposée avec La France insoumise", perçoit 9 000 euros mensuels pour un minimum de dix émissions, qu’il les fasse ou non.
Le prix du buzz : des invités rémunérés sur TPMP ?
Face à l’essoufflement de son concept initial, "TPMP" a changé de stratégie. "Quand on faisait du divertissement, on n’avait aucun mal à faire venir les artistes et comédiens, c’était une super vitrine d’exposition pour leur film ou leur nouveau spectacle", confie un salarié de H2O. "Mais quand on a basculé sur un mode plus idéologique, plus grand monde ne voulait venir. On a dû commencer à rémunérer les invités."
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Cette pratique, peu commune dans les émissions d’actualité, s’est rapidement installée. Loana, ancienne star de téléréalité, a ainsi été payée 3 000 euros pour son passage dans l’émission du 5 février 2024, où elle avait raconté son viol dans une séquence jugée "de nature à contrevenir au respect de la dignité de la personne humaine" par l’Arcom.
Alexandre Benalla a également été rémunéré à hauteur de 3 000 euros pour ses interventions en tant que "consultant sécurité". "Cela fait longtemps qu’ils insistaient pour me faire venir par rapport à l’affaire", explique-t-il à Mediapart, précisant avoir refusé plusieurs formats avant d’accepter d’intervenir uniquement "sur son domaine d’expertise".
Un système financier qui s’effondre avec la disparition de C8
Avant l’arrêt de C8, la table des chroniqueurs coûtait entre 12 000 et 13 000 euros chaque soir, soit environ 15% du coût de production du talk-show. Vendue 125 000 euros à la chaîne, chaque émission coûtait aux alentours de 80 000 euros, sans compter les frais techniques supportés par C8.
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Les tarifs variaient considérablement selon la notoriété et l’ancienneté des chroniqueurs. Danielle Moreau, souvent évoquée comme étant en difficultés financières à l’antenne, ne touchait que 500 euros par émission, soit moitié moins que des figures historiques comme Jean-Michel Maire, Valérie Bénaïm ou Bernard Montiel.
La disparition de C8 en février dernier a mis un coup d’arrêt à ce système généreux. Selon Jordan de Luxe, récent membre de l’équipe, les émoluments ont "drastiquement baissé" depuis le passage de "TPMP" sur les plateformes numériques : 330 euros en facture pour chaque chroniqueur, sans distinction. Reste à voir si le potentiel retour sur W9 permettra de retrouver les niveaux de rémunération antérieurs.
Face à ces révélations, l’avocat de Cyril Hanouna et de H2O, Stéphane Hasbanian, a tenu à préciser que l’animateur n’intervenait pas "directement dans la négociation des contrats entre la société H2O et les chroniqueurs" et a justifié certaines anomalies par des contrats où "les émissions sont interchangeables et mentionnées de manière indicative et exhaustive pour se laisser des possibilités éditoriales plus larges".