Affaire Julio Iglesias : “Les preuves sont claires”, le chanteur publie des messages censés l’innocenter

Publié le 25 janvier 2026 à 10:10
H2o PRODUCTIONS / A BANIJAY GROUP COMPANY / IBACH TÉLÉVISION 2021
En publiant des échanges privés censés étayer sa défense, Julio Iglesias a franchi un nouveau seuil dans cette affaire. Une initiative controversée, qui déplace le débat judiciaire vers le terrain de l’exposition publique des plaignantes et soulève de lourdes questions juridiques et éthiques.

L’affaire prend une ampleur judiciaire et médiatique considérable. Deux jeunes femmes ayant travaillé au service de Julio Iglesias ont décidé de saisir la justice espagnole pour des faits qu’elles qualifient de particulièrement graves. Les accusations visent des agressions sexuelles, du harcèlement, mais aussi des conditions de travail assimilées à de la servitude, survenues entre janvier et octobre 2021, alors qu’elles exerçaient dans les résidences privées du chanteur, en République dominicaine et aux Bahamas.

Des témoignages déjà médiatisés

Âgées de 22 et 28 ans à l’époque des faits, les deux plaignantes, identifiées sous les prénoms d’emprunt Laura et Rebeca, occupaient des fonctions distinctes, l’une comme employée de maison, l’autre comme kinésithérapeute. Leur plainte, déposée le 5 janvier dernier devant les juridictions espagnoles avec l’appui des ONG Women’s Link Worldwide et Amnesty International, évoque des faits pouvant relever de la "traite d’êtres humains", du "travail forcé", du harcèlement sexuel, de violences physiques et de multiples violations du droit du travail. Lors d’une conférence de presse tenue le mercredi 14 janvier 2026, les ONG ont précisé que les deux femmes bénéficiaient désormais du statut de « témoins protégés » et seraient prochainement entendues par la justice.

Avant même le dépôt officiel de la plainte, une enquête conjointe menée par Univision et elDiario.es avait donné la parole aux deux femmes. Elles y décrivaient des agressions sexuelles répétées, du harcèlement quotidien et, pour l’une d’entre elles, des faits qualifiés de viols. Ces révélations avaient provoqué une onde de choc internationale et placé l’icône de la chanson espagnole sous une pression médiatique inédite. Pendant plusieurs jours, Julio Iglesias était resté silencieux et c’est finalement dans la nuit du jeudi 15 au vendredi 16 janvier que le chanteur de 81 ans a choisi de s’exprimer publiquement, via un long message publié sur Instagram dans lequel il rejette en bloc les accusations.

Julio Iglesias dément catégoriquement

"Je nie avoir abusé, contraint ou manqué de respect à quelque femme que ce soit. Ces accusations sont absolument fausses et m’attristent profondément", a-t-il écrit. Dans ce texte signé de sa main, l’artiste dit vivre cette affaire comme une épreuve personnelle majeure : "C’est avec une profonde tristesse que je réponds aux accusations formulées par deux personnes qui ont auparavant travaillé chez moi. Je n’avais jamais ressenti une telle malveillance, mais j’ai encore la force pour faire connaître aux gens toute la vérité et pour défendre ma dignité face à un grief aussi grave". Il a conclu en remerciant ses soutiens : "Je ne peux pas oublier tant et tant de personnes très chères qui m’ont envoyé des messages d’affection et de loyauté ; j’y ai trouvé un grand réconfort".

La publication de messages privés fait polémique

Dans la foulée, la défense de Julio Iglesias a enclenché une offensive juridique. Le lundi 19 janvier, son avocat, José Antonio Choclán, a transmis un document à l’Audience nationale espagnole, demandant le classement pur et simple de la plainte. L’argument central : l’incompétence de la justice espagnole. "Le ministère public (…) doit déclarer, sans autre formalité, l’absence de compétence juridictionnelle espagnole pour les faits dénoncés, classer immédiatement l’enquête préliminaire et mettre fin à la campagne médiatique causant un grave préjudice à la réputation" du chanteur, a écrit l’avocat.

Il a insisté sur le fait que "les faits dénoncés se seraient produits entre janvier et octobre 2021 dans les résidences que Julio Iglesias possède en République Dominicaine et aux Bahamas, et non en Espagne", ajoutant que les plaignantes ne sont ni espagnoles ni résidentes du pays. Selon lui, les poursuites devraient être engagées "sur le lieu de commission" des faits, et le parquet espagnol ne saurait se transformer en "procureur universel. Dans une nouvelle prise de parole nocturne sur Instagram, Julio Iglesias a ensuite publié des échanges WhatsApp qu’il affirme avoir eus avec les deux femmes, expliquant agir ainsi faute d’accès au dossier judiciaire.

"Face au refus du bureau du procureur espagnol de me permettre d’exercer ma défense dans la procédure et de me fournir un accès formel à la plainte, je suis obligé de me prononcer publiquement. […] Les preuves sont claires : les communications Whatsaap envoyées par les plaignantes pendant le temps qu’elles ont travaillé chez moi et après leur départ, montrent que les informations diffusées manquent de véracité", a-t-on pu lire.

Une publication à double tranchant

Parmi les messages diffusés, plusieurs sont attribués à la kinésithérapeute : "Bonne nuit professeur, j’espère que tu pourras dormir sans douleurs, rêver des petits anges et te reposer, je t’aime beaucoup et si tu as besoin de quelque chose je suis à ton entière disposition. Merci pour ta patience et pour tes enseignements d’aujourd’hui, tous les jours à tes côtés sont précieux pour moi parce que j’apprends un peu plus. Un bisou et un câlin ! Bonne nuit". Ou encore : "Joyeux anniversaire Julitoooo !!!! Cher professeur, que Dieu continue à vous donner beaucoup de santé, pour que vous puissiez continuer à profiter de cette belle vie. Je t’envoie un bisou et un câlin, JE T’AIME, je me souviens toujours de toi avec tendresse. Affectueusement, votre physiothérapeute pour toujours". 

D’autres messages seraient issus d’échanges avec la femme de ménage : "Bonjour monsieur. J’espère ne pas vous déranger avec ce court message. C’est juste pour vous saluer et vous envoyer un gros câlin, inutile de vous dire que je vous aime beaucoup et que je suis à votre disposition ! Affectueusement". Ces publications soulèvent toutefois de vives interrogations. En diffusant ces échanges sans masquer les identités des plaignantes, Julio Iglesias pourrait s’exposer à des accusations de violation de la vie privée. Un acte potentiellement lourd de conséquences, notamment dans un contexte où les plaignantes bénéficient d’un statut de témoins protégés.

Par
Kahina Boudjidj