Le chanteur Julio Iglesias accusé d’agressions sexuelles par deux femmes

Publié le 14 janvier 2026 à 6:25
Splash News/ABACA
Une enquête menée pendant trois ans par elDiario.es et Univision Noticias met en cause Julio Iglesias dans de graves accusations. Les témoignages décrivent un système d’emprise, de violences sexuelles et psychologiques au sein des résidences privées du chanteur, tandis qu’une plainte a été déposée début janvier.

Après trois années d’investigation, deux médias espagnols, elDiario.es et Univision Noticias, ont publié une enquête détaillée mettant en cause Julio Iglesias, aujourd’hui âgé de 82 ans. Le chanteur y est accusé par plusieurs femmes de violences sexuelles, psychologiques et d’emprise, dans le cadre de relations de travail au sein de ses résidences privées. Selon des sources juridiques citées par l’AFP, une plainte a été déposée le 5 janvier dernier, sans que son contenu précis n’ait été rendu public. L’enquête journalistique s’appuie sur de nombreux témoignages concordants décrivant un climat de contrôle, de harcèlement et de terreur au sein des propriétés de l’artiste situées en République dominicaine et aux Bahamas.

Des faits présumés dans les résidences privées du chanteur

Les témoignages les plus détaillés sont ceux de Rebeca (le prénom a été changé), employée de maison âgée de 22 ans au moment des faits, et de Laura (le prénom a été changé), kinésithérapeute personnelle de Julio Iglesias. Toutes deux affirment avoir travaillé pour lui en 2021 et l’accusent d’agressions sexuelles. Selon elles, les faits se seraient déroulés dans les résidences de Punta Cana et de Lyford Cay, et auraient été commis avec l’aval, voire la participation, de femmes chargées de la gestion du foyer et du recrutement du personnel. Rebeca affirme avoir été contrainte, à de nombreuses reprises, de se rendre dans la chambre du chanteur après ses journées de travail pour y subir des relations sexuelles non consenties, parfois en présence d’autres personnes ayant autorité sur elle.

Elle évoque des pénétrations digitales anales et vaginales et décrit une répétition quasi quotidienne des abus. "Il abusait de moi presque tous les soirs. Je me sentais comme un objet, comme une esclave", a-t-elle déclaré à elDiario.es et Univision Noticias. Elle raconte également un épisode survenu alors que Julio Iglesias souffrait de douleurs liées à une sciatique. "Il m’a fait lécher son anus et sucer son pénis pendant des heures […] parce qu’il souffrait beaucoup et que ça le calmait. J’ai passé presque toute la nuit à lui faire une fellation. Quand je m’arrêtais ou que je m’endormais, il me tirait la tête en arrière", a-t-elle témoigné. Selon l’enquête, ces agressions se déroulaient presque systématiquement en présence et avec la participation d’un autre employé exerçant une autorité hiérarchique sur elle. Rebeca affirme par ailleurs que sa première relation sexuelle s’est déroulée devant Julio Iglesias, avec la femme qui l’avait recrutée.

Déni total de la responsable du recrutement

Contactée par les journalistes, cette responsable a nié l’ensemble des accusations, dénonçant des "mensonges". Elle a déclaré n’éprouver que "gratitude, admiration et respect pour le grand artiste et le grand homme qu’il est", le décrivant comme "humble, généreux, un vrai gentleman et très respectueux de toutes les femmes". Les journalistes n’ont toutefois obtenu aucune réponse de la personne actuellement chargée de la gestion de la maison et du recrutement du personnel. Laura, la seconde femme interrogée, affirme avoir fait partie d’un groupe d’employées surnommées les "señoritas", bénéficiant de conditions de travail plus favorables que le personnel domestique même si cela ne l’aurait pas protégée, selon elle, d’attouchements et de violences.

Elle affirme que Julio Iglesias l’aurait embrassée de force et lui aurait touché les seins contre son gré : "Nous étions sur la plage, il s’est approché de moi et m’a touché les tétons. Ce n’est pas seulement qu’il vous touche, c’est qu’il vous fait mal… Il les serrait vraiment très fort". Un autre épisode similaire se serait produit à la piscine de la villa de Punta Cana. Elle évoque aussi un geste brutal puisque le chanteur lui aurait saisi la tête et enfoncé la langue dans la gorge. Laura a confié à nos confrères : "J’aurais dû me rendre compte que les violences – verbales, physiques et sexuelles – étaient bien réelles et ne m’arrivaient pas seulement à moi. Je ne pouvais pas dire non, et dans une certaine mesure, il respectait ce refus. Mais certaines filles ne pouvaient pas dire non. Et il faisait ce qu’il voulait d’elles".

Le silence du chanteur 

Les deux médias décrivent un environnement fondé sur l’humiliation, les insultes, les brimades et le contrôle total et les employées n’auraient pas eu le droit d’entretenir des relations avec d’autres hommes ni de prendre des photos. Toujours selon l’enquête, la responsable du recrutement aurait également imposé en juin 2021 des examens médicaux, incluant des examens gynécologiques et des tests de dépistage des IST, aux employées de maison. Sollicitée à ce sujet, elle n’a pas répondu. Rebeca et Laura ont été orientées vers une organisation internationale de défense des droits humains et ont accepté une assistance juridique. Contactés à plusieurs reprises par elDiario.es et Univision Noticias, Julio Iglesias et son avocat n’ont pas répondu aux sollicitations.

Par
Kahina Boudjidj