Affaire Gérard Depardieu : “Une situation de détresse totale”, de nouvelles femmes témoignent contre l’acteur 

Mis à jour le 9 janvier 2026 à 14:39
Szwarc Henri/ABACA
Dans une nouvelle enquête de Mediapart, on découvre que trois nouvelles femmes ont témoigné contre Gérard Depardieu alors qu'il sera prochainement jugé devant le tribunal correctionnel de Paris pour harcèlement et agressions sexuels. 

Selon une enquête de Mediapart, trois femmes, exerçant respectivement les métiers de vendeuse pour une marque de luxe, couturière et journaliste, accusent Gérard Depardieu d’agressions ou de harcèlement sexuels survenus en 1985, 2007 et 2014, en dehors des plateaux de cinéma. Aucune n’a porté plainte, mais deux d’entre elles ont témoigné dans le cadre du procès de l’acteur, prévu les 24 et 25 mars au tribunal correctionnel de Paris. Ces révélations s’ajoutent aux accusations précédemment portées par vingt autres femmes, principalement issues du milieu cinématographique. 

Trois femmes témoignent contre Gérard Depardieu

Interrogé par nos confrères de  Mediapart, Gérard Depardieu n’a pas répondu directement, mais son avocat, Jérémie Assous, a déclaré que ces allégations reposent sur des "calomnies" face à l’absence de preuves concrètes. L’acteur, également mis en examen pour viols après la plainte de Charlotte Arnould, bénéficie de la présomption d’innocence et a toujours nié tout acte répréhensible, se décrivant comme un gentleman opposé à toute forme de violence. ​

Parmi les plaignantes, il y a Aurélie Dauchez, ancienne vendeuse pour une marque de luxe, qui affirme avoir subi des "attouchements sexuels" et des "propos sexuels injurieux" de la part de Gérard Depardieu le 21 février 2014, dans une boutique Prada à Paris. Elle décrit une "situation de détresse totale" face à l’acteur, qui aurait eu un comportement inapproprié en public. Malgré sa gêne et l’absence de soutien de ses collègues, elle n’a pas porté plainte par "honte" et par crainte de ne pas être crue. 

Une victime des mains baladeuses de l’acteur ?

En 1985, lors de l’avant-première du film Police à Paris, Constance*, alors âgée de 23 ans, remporte deux places pour assister à l’événement grâce à un jeu-concours animé par Patrick Sabatier sur RTL. Après la projection, lors de la réception à l’Espace Pierre Cardin, elle demande des autographes et une photo avec Gérard Depardieu, Maurice Pialat, Nicolas Seydoux et un autre comédien. Pendant la prise de la photo, Gérard Depardieu, se tenant à côté d’elle, lui aurait "aussitôt mis la main aux fesses" puis "tripoté la hanche droite". Déconcertée, elle aurait souri sur le moment, mais se serait senti "dévastée" par cette expérience. Elle aurait confié l’incident à son mari, présent lors de la soirée, mais ils ont décidé d’entreprendre aucune action, se sentant "intimidés" par la stature de l’acteur.​

Ce n’est qu’après avoir lu des témoignages similaires en 2023 et entendu Sophie Marceau dénoncer le comportement de l’acteur sur le tournage de Police qu’elle décide de partager son histoire… Elle a alors contacté Mediapart et a publié un message sur Facebook dans lequel elle remerciait Sophie Marceau et se décrivait elle-même comme "victime [des] mains baladeuses et obscènes" de l’acteur lors de cette soirée. Si elle ne prévoit pas de porter plainte, les faits étant prescrits, elle espère néanmoins que sa prise de parole aidera à faire la lumière sur le comportement présumé de l’acteur.​

Une histoire passée sous silence "pendant des années"

Marie Dalibon, journaliste parisienne de 44 ans, dénonce, elle, des faits remontant à novembre 2007, lors du tournage en Israël de l’émission "Deux, trois jours avec moi", animée par Mélissa Theuriau sur Paris Première. Gérard Depardieu, invité de l’émission, aurait tenu des propos à connotation sexuelle à son égard et aurait eu des gestes déplacés. Elle affirme que l’acteur aurait plusieurs fois dit, devant des collègues de travail, qu’elle "devai[t] trouver des hommes en cuir pour le soir" et qu’elle "avai[t] envie de [se] faire fouetter"

Elle relate également qu’alors qu’elle était accoudée à une murette, le comédien serait arrivé derrière elle et aurait commencé à lui "masser le bas du dos" en descendant vers "[sa] jupe et [ses] fesses", "sans [son] autorisation", en ponctuant ses phrases de "râles". Elle explique que, comprenant qu’il n’allait "pas s’arrêter" là, elle s’est dégagée en faisant "un tour sur [elle]-même". Marie Dalibon se souvient des "rires" de l’acteur, de ceux de l’équipe, et des siens, par "gêne" et pour se "donner une contenance". Elle confie avoir "occulté" cette histoire "pendant des années", mais que la lecture de témoignages similaires en 2023 a ravivé le souvenir de cette expérience humiliante… Elle a depuis décidé de partager son récit pour "porter le message à Depardieu et aux hommes comme lui que le temps de tout se permettre [est] terminé".​ 

Par
Kahina Boudjidj