Les déboires judiciaires de Gérard Depardieu ne cessent de s’accumuler… Après avoir été mis en examen pour viols et dans l’attente d’un procès les 24 et 25 mars prochains pour agressions sexuelles sur deux femmes lors d’un tournage – des accusations qu’il conteste –, l’acteur français est désormais dans le viseur de la justice pour fraude fiscale aggravée et blanchiment de fraude fiscale aggravée. C’est ce que révèlent ce lundi 24 février nos confrères de Mediapart, ainsi que les journaux Le Soir et De Standaard, qui ont eu accès à des documents exclusifs.
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Une enquête judiciaire ouverte en février 2024
D’après les révélations de Mediapart, une enquête préliminaire a été ouverte en février 2024 par le Parquet national financier (PNF). Elle concerne des faits présumés de fraude fiscale remontant à 2013 et a été confiée à la Brigade nationale de répression de la délinquance fiscale (BNRDF) ainsi qu’à l’Office central de lutte contre la corruption et les infractions financières et fiscales (OCLCIFF). Le 11 février, une série de perquisitions, auditions et gardes à vue ont eu lieu en France et en Belgique, ciblant notamment les individus ayant contribué à l’expatriation fiscale de l’acteur. Selon Mediapart, ces opérations ont été menées dans le cadre d’une décision d’enquête européenne.
À ce stade, Gérard Depardieu n’a pas encore été entendu. Sollicité par Mediapart, son avocat, Jérémie Assous, a balayé ces accusations en déclarant que les informations relayées étaient "inexactes". Il a ajouté : "L’administration fiscale s’évertue depuis des années à tenter d’établir ce que vous affirmez. Sans succès, elle tente désormais d’y parvenir par le biais d’une procédure pénale. Malheureusement pour elle, et à votre grand désespoir, le résultat sera le même. Certains seraient tentés de qualifier cela de minable, mais c’est légal".
Un exil fiscal qui intrigue la justice…
L’exil fiscal de Gérard Depardieu en Belgique ne date pas d’hier. Il avait déclenché une vive polémique en décembre 2012, au moment où l’ancien président François Hollande instaurait une taxe de 75 % sur les revenus supérieurs à 1 million d’euros. L’acteur avait alors acheté une villa à Néchin, un village belge prisé par les expatriés fiscaux, à seulement un kilomètre de la frontière française. Le 9 décembre 2012, le maire d’Estaimpuis, Daniel Senesael, officialisait cette installation en déclarant : "Depardieu n’avait pas fait de mystère, il voulait rejoindre la Belgique pour des raisons fiscales".
Quelques jours plus tard, Jean-Marc Ayrault, alors Premier ministre, dénonçait cette fuite fiscale en la qualifiant de "minable". Une attaque à laquelle l’acteur avait répondu dans Le Journal du dimanche, le 15 décembre 2012 : "Je pars parce que vous considérez que le succès, la création, le talent, en fait, la différence, doivent être sanctionnés. […] Je vous rends mon passeport". Dans Le Point, il avait finalement assumé que cette décision était bien motivée par des raisons fiscales : "Je suis parti parce que j’avais l’impression qu’on allait me tondre […] Je ne veux pas, à 65 ans, payer 87 % d’impôts. Je trouve ça normal de payer, mais pas à des cons qui pensent qu’ils font le bien". Or, selon Mediapart, la justice soupçonne aujourd’hui que Gérard Depardieu n’ait jamais réellement vécu en Belgique. Sa villa de Néchin, appelée "White Cloud", aurait été divisée en chambres d’hôtes, louées à des touristes, et l’acteur y aurait rarement séjourné…
Un parcours fiscal controversé entre la Belgique et la Russie
En parallèle de son exil belge, Gérard Depardieu a obtenu la nationalité russe en janvier 2013, grâce à son amitié avec Vladimir Poutine. Il s’est même enregistré comme résident à Saransk, à 600 km de Moscou. Toutefois, d’après le ministre de l’information de la région, l’acteur n’y serait jamais retourné après mai 2013. Selon Mediapart, la justice s’intéresse à ses revenus en Russie, notamment ceux issus de publicités où il déclarait être "fier d’être russe". Ces gains, taxés à seulement 6% en Russie, auraient été rapatriés en Belgique et exonérés d’impôts grâce à une convention fiscale entre les deux pays.
Pour éviter l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF), Gérard Depardieu a créé plusieurs sociétés en Belgique, dont Holding 2712, qui contrôle ses vignes et sa société de production en France. Fin 2023, cette holding affichait un actif estimé à 14 millions d’euros. Il possède également une société exploitant son avion privé, ainsi que plusieurs sociétés immobilières, dont une ayant détenu une villa en Corse. Si Gérard Depardieu a été accueilli en héros en Belgique, où il avait même organisé une crémaillère géante en 2013, les révélations sur les accusations de violences sexuelles ont terni son image. En décembre 2023, la commune d’Estaimpuis lui a retiré son titre de citoyen d’honneur. S’il est reconnu coupable, il pourrait être condamné à de lourdes sanctions financières, voire à des peines de prison. Affaire à suivre…