Affaire Abbé Pierre : inceste, pédophilie… Neuf nouvelles victimes sortent du silence

Publié le 14 janvier 2025 à 7:23
Klein Bruno/ABACA
L'abbé Pierre est désormais accusé de viols et d'agression sexuelles par trente-trois victimes, mais une soixantaine de témoignages ont déjà été recensés.

Il y a six mois jour pour jour, un premier rapport rédigé parle cabinet spécialisé Egaé, missionné par Emmaüs accablant l’Abbé Pierre, suivi d’un deuxième rapport dévoilé en septembre. Au total, 24 témoignages de femmes, parfois mineures au moment des agressions sexuelles et des viols, avaient été recueillis. Estimant que le courage des premières témoins allait convaincre de nombreuses autres victimes à briser leur silence, Emmaüs a lassé son dispositif d’écoute opérationnel. Aujourd’hui, mardi 14, janvier, un troisième rapport de dix-neuf pages ajoute neuf accusations envers l’Abbé Pierre, de la part d’enfants ou d’adultes, garçons comme filles.

L’Abbé Pierre 57 victimes recensées à ce jour, dont un garçon de 10 ans

Les 33 victimes établissent des faits qui se seraient déroulés avant que l’homme d’Église ne devienne célèbre.  L’Église, d’ailleurs, était au courant, encore une fois, puisqu’elle avait noté des écrits rédigés dans les années 1950 des comportements de l’abbé. La sanction choisie : un séjour de six mois à la clinique psychiatrique pour VIP de Prangins en Suisse, vue sur le lac Léman. Le groupe Egaé ajoute avoir recensé au total 57 victimes, mais certaines n’ont pas encore été auditionnées, d’autres ont refusé d’être comptabilisées. Parmi elles, un membre de la famlle de l’Abbé Pierre ou encore un garçon de 10 ans. Le nombre réel de victimes seraient "deux à trois fois" plus élevé selon le délégué général d’Emmaüs France : "entre ceux qui n’oseront pas parler, ceux qui font une dissociation traumatique…".

Menaces, intimidations, trophées… La face cachée de l’abbé Pierre

"L’abbé Pierre avait mis en place des mécanismes de mise sous silence des victimes, notamment par des propos ou comportements menaçants", peut-on lire dans le rapport, relayé par Le Parisien. Un "acte sexuel avec pénétration sur un garçon mineur" qui "a fourni des éléments permettant d’attester la véracité de son témoignage" figure notamment dans la liste. Mode d’action de prédateur sexuel, intimidations, manipulations, menaces… Le bilan est lourd, en plus des baisers forcés et des poitrines empoignées brusquement. On apprend que l’Abbé Pierre a passé à la déchiqueteuse une lettre d’accusation sous les yeux de sa victime, et rédigé une lettre pour faire pression sur un homme qui avait porté plainte contre un membre de la communauté religieuse pour agressions sexuelles sur son fils. Autre élément majeur du rapport : le fameux Polaroïd de l’Abbé Pierre est cité dans de nombreux témoignages. Il s’en servait pour immortaliser ses victimes. Une boîte remplie de ses "trophées" a été vue par plusieurs témoins.

Par
Hugo Mallais