De quoi vous êtes-vous nourrie pendant ce temps libre dont vous aviez tant besoin ?
J’ai beaucoup peint et écouté de la musique, deux choses qu’on n’a pas le temps de faire quand on est sans cesse en tourné. J’ai fait des expositions, j’ai écrit une BD avec ma sœur, j’ai collaboré avec des marques, je me suis occupé de l’habillage graphique de France 2 pendant un été… Ce qui m’a nourri aussi, c’est cette chance de pas penser à la notion de temps. C’est un luxe qui m’a apporté beaucoup de bonheur.
Vous aviez annulé la fin de votre précédente tournée, car vous étiez "rincée" selon vos propres mots…
Peu d’artistes auraient assumé une telle décision, celle de ne pas faire plutôt que de mal faire. Même si à ce moment-là, je donnais tout ce qu’il me restait j’avais l’impression d’aller au travail, ce qui ne me ressemble pas. Il n’y avait plus d’âme, je n’y arrivais plus. Et c’était très frustrant. J’ai préféré annuler les quatre dernières dates qu’il me restait. Mon entourage a très bien compris ma décision, je suis partie sereine, en me disant que j’allais pouvoir respirer, prendre du recul sur la musique et me poser des questions sur ce dont j’avais envie.
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Vous ne portez plus vos tenues de combat, la combinaison de pilote bleue et la robe noire col claudine. Est-ce que cela veut dire que vous fendez l’armure ?
Oui… Même si je vais avoir de nouvelles tenues de scène, j’avais envie de me montrer telle que je suis, Jeanne (son prénom, ndlr).
Jusqu’à maintenant, vous aviez du mal à le faire ?
Il y avait de ça, oui. J’ai sorti mon premier album, Zanaka, à 21 ans. J’avais envie de me protéger… Je n’ai jamais vraiment parlé de mes états d’âme dans mes chansons, j’ai toujours évoqué une sorte d’amour universel. Et puis, mes deux précédents albums étaient très terriens. Je trouve que celui-ci est beaucoup plus aérien : il ressemble à celle que je suis dans la vie de tous les jours. J’ai pris un bonheur immense à l’écrire.
On comprend mieux ses résonances très seventies…
Pendant le confinement, j’ai écouté les vinyles de ma mère. Elle est fan de Kate Bush, Fleetwood Mac, Joan Baez ou encore Ricky Lee Jones. Ces autrices des années 70 m’ont beaucoup inspirée parce qu’elles savaient parler de sentiments.
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Vous avez parcouru le monde entier pour vos deux premiers albums. Pour celui-ci pour vous vous êtes isolée dans une cabane de pêcheur à Marseille… Une référence à Francis Cabrel peut-être ?
Non, même si je l’adore ! (Rires). J’ai grandi entre le Congo, Dubaï et Abou Dhabi. J’ai toujours été près de l’eau. La mer et l’océan représentent quelque chose de cosmique pour moi, ils m’ont permis d’écrire mes nouvelles chansons.
En parlant de cosmique, l’imagerie du tarot de Marseille est très présente sur ce nouveau projet…
Depuis toute petite, notre maman nous tire les cartes à mes sœurs et moi. J’avais envie que l’album soit comme un jeu, chaque carte est une chanson et un visuel, et l’ensemble, un objet de collection. Le tarot de Marseille m’a aidée à certains moments de ma vie. Mais au-delà du côté divinatoire, ce sont les souvenirs familiaux très joyeux qui me plaisent.
Votre album et son premier extrait s’intitulent The Fool, Le fou en français. Au tarot, c’est celui qui vit le moment présent…
Oui. C’est aussi le symbole d’un nouveau départ. C’est ce que je vis avec cet album. C’est une nouvelle ère, de nouvelles inspirations. J’avais envie de montrer cette sorte de folie qui m’habite, dans le fait de prendre des risques et de dévoiler mes sentiments.
Vous collaborez avec Maxime Nucci (Yodelice, ndlr) depuis votre premier album. On ne change pas une équipe qui gagne ?
Exactement ! J’ai rencontré Maxime pour la première fois à l’âge de 16 ans. Il y a très peu de gens dont l’avis sur mes chansons comptent vraiment. Il en fait partie. Il me donne toujours ses conseils avec énormément de bienveillance. Ils m’aident à avancer, à me questionner, et à me faire progresser.
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Vous allez remonter sur scène. Avez-vous envie de vous y préserver un petit plus que par le passé ?
C’était l’une des conditions sine qua non à mon retour. J’ai limité à trois dates par semaine ma tournée, afin d’avoir des jours de repos et de vraies vacances.
The Fool (Sony Music/Columbia). Album disponible le 21 avril.
Interview d’Amandine Scherer