Music Box (Arte) – Jessica Lange : « Émotionnellement, j’ai rarement eu un rôle aussi dur »

Publié le 20 janvier 2025 à 15:03
dr
En 1989, Costa-Gavras offre à l’actrice américaine l’un de ses plus beaux rôles, dans cette tragédie grecque contemporaine où l’intime et l’Histoire entrent en collision.

“Ce tournage est mon plus beau souvenir de cinéma", se souvient, avec beaucoup de reconnaissance, Jessica Lange, lorsqu’elle évoque Music Box. Devant la caméra toujours engagée de l’auteur de Z, l’actrice est méconnaissable dans le rôle de la jeune et brillante Ann Talbot, avocate au barreau de Chicago, confrontée à l’affaire la plus compliquée de sa carrière : la défense de son père, émigré hongrois naturalisé américain, soupçonné de crimes de guerre lors de la Seconde Guerre mondiale. Selon les accusations de survivants, exhumées par l’administration communiste de Budapest, Michael Lazlo, grand-père gâteau et père modèle, aurait appartenu aux Croix fléchées, l’équivalent hongrois des SS.

Jessica Lange : "Émotionnellement, j’ai rarement eu un rôle aussi dur"

À l’écran, coiffée d’une perruque bouclée brune, celle qui fut la sublime fiancée de King Kong en 1976 et la torride Cora du remake du Facteur sonne toujours deux fois, en 1981, abdique le glamour. « Mon personnage doit apparaître, pour le spectateur, comme une femme sur laquelle on ne se retourne pas, explique l’actrice. Impossible de jouer ce rôle en blonde platine. Vous savez, pour une comédienne, rien n’est plus formidable que d’échapper à son physique. » Et d’ajouter : « Émotionnellement, j’ai rarement eu un rôle aussi dur. » 

Si, au début, Ann est convaincue de l’innocence paternelle, le doute s’installe. « Le film s’inspire de l’histoire de John Demjanjuk, Ukrainien connu pendant la guerre sous le nom d’Ivan le Terrible, au camp de Treblinka », raconte Jessica Lange. Modeste employé de Ford dans l’Ohio, l’ancien bourreau fut condamné à mort en Israël, en 1988, avant d’être innocenté par des documents du KGB, puis de nouveau arrêté et condamné pour d’autres crimes contre l’humanité commis à Sobibor. Laszlo nie être ce Micha tortionnaire : « Je n’ai pas fait cela. C’est un complot communiste ! » 

UN VRAI JUGE DANS LA PLACE 

Pour se sentir solide à la barre, Jessica a passé des mois au tribunal. Et, par souci de réalisme, Costa-Gavras a demandé à un vrai juge, J.S. Block, de jouer le magistrat du film. Les liens du sang sont-ils plus forts que le sang versé ? Cette question du district attorney Jack Burke, Ann la balaie, avant qu’elle ne revienne la hanter. Il est moins grave de perdre que de se perdre… Le comédien allemand Armin Mueller-Stahl, au regard bleu acier, campe Lazlo. Un rôle qui n’a pas manqué de le bousculer, lui dont le père a été exécuté par les SS… le 8 mai 1945 !

Ce Micha est-il victime d’une machination ou coupable des atrocités dont on l’accuse ? Cinéaste politique, Costa-Gavras a dénoncé dans ses films les dictatures communistes (L’Aveu) ou celle de Pinochet (Missing). Son point de vue, qui s’incarne en Jack Burke, lève ici le voile sur une réalité historique méconnue des États-Unis : en 1945, l’Amérique a recueilli dix mille criminels de guerre allemands. À Burke la conclusion : « On ne doit pas oublier. Il est trop tard pour changer le passé, mais jamais trop tard pour se rappeler ce qui s’est passé. » Un grand film, justement récompensé de l’Ours d’or en 1990.

Music Box, lundi 20 janvier à 21h00 sur Arte

JULIEN BARCILON 

Par
Julien Barcilon