“S’il est impossible de raconter l’Holocauste, c’eût été un péché de ne pas essayer…", avouait Spielberg, au moment de la sortie du film. Raconter l’inracontable, il y est pourtant parvenu avec brio. En noir et blanc. Durant 3 h 15, il relate l’histoire d’Oskar Schindler qui, bien que nazi convaincu, sauva plus d’un millier de Juifs polonais. Un film capital à ses yeux, pour que les nouvelles générations n’oublient pas. « Dans les années 90, 23 % des lycéens américains n’avaient jamais entendu parler de l’Holocauste », notait Spielberg. C’est aussi pour lui l’occasion de revendiquer son judaïsme.
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Enfant, en Arizona, Steven en avait honte. « Je souffrais d’être pointé du doigt, molesté. J’ai grandi en niant ma judéité. Quand on me disait : « Spielberg, c’est juif ? », je répondais : « Non, allemand ! » En 1982, en plein succès d’E.T., le cinéaste tombe sur le livre de Thomas Keneally, La Liste de Schindler. Il en acquiert les droits, mais n’ose pas le porter à l’écran. « Comme je n’étais pas prêt émotionnellement, j’avais proposé à Martin Scorsese de le réaliser. » En 1985, Steven a un fils, Max, et la donne change. « J’ai eu une crise de conscience en réalisant qu’un jour, mes enfants me demanderaient des explications… Or je parle mieux avec mes films qu’avec mes mots. C’était mon destin de tourner La Liste de Schindler. »
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Les studios Universal sont frileux. Qu’importe ! Il négocie, acceptant, en contrepartie, de signer Jurassic Park. Et, tandis qu’à Hollywood on termine les effets spéciaux de ses dinosaures, Spielberg plante ses caméras à Cracovie, en Pologne. Là, le virtuose du travelling, le maniaque du gadget dépose les armes. Place à l’émotion. Il filme simple, avec un budget de 25 millions de dollars, soit le tiers de ses productions habituelles. Il obtient l’autorisation de tourner dans la véritable usine d’Oskar Schindler et dans son appartement, restés en l’état depuis 1945.
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Son tournage le plus difficile
Dans l’ancien camp de Plaszow, il reconstitue un gigantesque camp de concentration. En carton-pâte, mais plus vrai que nature. Sur ce lieu symbolique, le cinéaste connaît le tournage le plus difficile de sa carrière. « Même les bonnes journées étaient tristes, se souvient-il. Jamais on a osé rire ou raconter une blague. J’avais du mal à dire “Action” parce que “Aktion” est le terme allemand pour parler de la déportation vers les ghettos juifs… Réaliser ce film m’a changé à jamais. »
La Liste de Schindler, lundi 20 janvier à 2&h05 sur France 3
Uriell Ceillier