La Voie royale (Arte) – Dans les coulisses des classes préparatoires scientifiques

Mis à jour le 9 janvier 2026 à 11:38
EMMANUELLE FIRMAN / PYRAMIDE DISTRIBUTION
Plongé dans le monde exigeant des classes « prépa », ce long-métrage interroge la reproduction des élites et les barrières invisibles de l’ascension sociale. Haletant et percutant.

Après le concours de médecine dans Première année, de Thomas Lilti, et le cynisme absolu des étudiants en écoles de commerce dans La Crème de la crème, de Kim Chapiron, La Voie royale nous immerge dans l’univers sans pitié des classes préparatoires scientifiques. Des écoles d’excellence, où les destins des jeunes se jouent parfois avant même qu’ils aient mis un pied en classe… 

C’est ce que découvre Sophie (Suzanne Jouannet), jeune fille brillante issue d’un milieu rural, propulsée dans le tourbillon d’une prépa d’élite, avec, en ligne de mire, l’inaccessible École polytechnique. Le réalisateur Frédéric Mermoud scanne avec justesse un univers ultra concurrentiel, où la réussite est une injonction, et la précarité un handicap sournois. La tension grimpe en flèche dans ce microcosme où les inégalités sociales sont exacerbées. « Ces milieux sont plus complexes qu’ils ne le paraissent », observe Mermoud, qui rêvait de faire « un film sur ce moment clé où l’on devient acteur de sa vie, où l’on décide qui on veut devenir, sans être complètement sûr d’être sur la bonne voie ». 

DUEL INTÉRIEUR 

Le scénario, solidement documenté, est le résultat d’une immersion rigoureuse. Tous les exercices et formules visibles à l’écran ont été visés par un doctorant en mathématiques, qui a également aidé les acteurs à s’approprier un langage qui leur était inconnu. « J’ai aussi rencontré de nombreux élèves et professeurs, visité plusieurs prépas et assisté aux oraux de Polytechnique, pris contact avec des étudiants qui vivaient le même moment charnière que Sophie », précise le cinéaste.

Heureux hasard : durant le tournage, son fils cadet est reçu en prépa scientifique et devient une source précieuse. Mais La Voie royale refuse de s’apparenter à un documentaire fictionné. Frédéric Mermoud a travaillé l’image avec son chef opérateur, afin de lui donner une haute ampleur cinématographique : « Comme je voulais faire de mon héroïne un petit cheval sauvage, nous avons opté pour un format plus ouvert, presque western, en quelque sorte. On travaillait en Scope tout en restant près des personnages. » Une manière de montrer le duel intérieur qui se joue chez Sophie, entre désir intense de réussite et volonté de ne pas se trahir au contact d’élèves issus de la haute bourgeoisie. 

DES ACTEURS ÉPOUSTOUFLANTS 

Peuplé de seconds rôles percutants ( Marie Colomb en camarade insaisissable, l’excellente Maud Wyler en prof cassante et détestable), le film est porté par Suzanne Jouannet, révélée dans  Les Choses humaines (2021), d’Yvan Attal. Elle trouve ici un rôle qui lui permet de déployer un éventail à peine croyable d’émotions contradictoires. Le réalisateur ne s’en est toujours pas remis : « Durant le casting, il y avait cette idée de trouver une Rosetta, même si je n’allais pas la filmer à la façon des frères Dardenne ! Dès les premiers essais, j’avais eu l’intuition qu’elle incarnait exactement le personnage que je recherchais. Elle est hors norme, avec une générosité de jeu et une vérité que j’ai rarement rencontrées. »

La Voie royale, mercredi 20 août à 21h00 sur Arte

Par
François Léger