Les Choses humaines (France 2) – Yvan Attal : « Ce qui m’a le plus influencé, c’est d’avoir assisté à un procès pour viol »

Publié le 17 mars 2024 à 13:27
JEROME PREBOIS/GAUMONT
Avec cette adaptation très réussie du roman éponyme de Karine Tuil, Yvan Attal signe un film de procès immersif, et dirige son fils, Ben, pour son premier grand rôle.

“J’ai été ému par le livre. Étant père d’un garçon et de deux filles, je me suis identifié à tous les personnages et, du coup, je me suis rendu compte de la difficulté de juger. C’est cela qui m’a intéressé. À l’époque où l’on condamne les gens en deux minutes sur Internet, je me suis dit que c’était tellement difficile de juger, qu’il n’y avait qu’un seul endroit pour le faire : le tribunal." Les Choses humaines, Prix Goncourt des lycéens 2019, nous plonge au coeur d’un procès pour viol. L’accusé, un étudiant brillant, de bonne famille, nie les faits : « Elle était consentante. » La victime, jeune femme introvertie, issue d’un milieu plus modeste, est, en plus, la fille du nouveau compagnon de la mère de son agresseur. À chacun sa vérité, ses souffrances, sa défense, ses accusations, ses failles…

Au tribunal de trancher ! Personne ne sera épargné par la déflagration judiciaire, émotionnelle, sociale, que représente un procès, a fortiori médiatisé. Alexandre Farel, le prévenu, incarné avec conviction par Ben Attal (fils du réalisateur et de Charlotte Gainsbourg) est le rejeton d’une star des médias. Mila, la victime, à laquelle la débutante Suzanne Jouannet prête sa finesse de jeu, n’a pas l’assurance d’Alexandre. Lorsqu’il l’entraîne dans une soirée étudiante du Paris cossu, elle n’a pas les codes, se sent mal à l’aise. Un pari stupide, la soirée dérape. Alexandre l’entraîne dans une cabane de jardin. À partir de là, les versions divergent, les avocats entrent en scène en coulisses, puis à la barre du tribunal. « Comment filmer dans ce lieu sans ennuyer le spectateur ? », était la hantise du cinéaste. Attal a donc révisé ses classiques : 12 hommes en colère, de Sidney Lumet, Music Box, de Costa-Gavras, et quelques autres… 

“JE TOURNE AVEC DES ACTEURS QUE J’AIME” 

"Mais, pour tout dire, ce qui m’a le plus influencé, c’est mon expérience dans une cour d’assises, où j’ai assisté à un procès pour viol. Il y avait un silence et une concentration sur la parole des uns et des autres, le poids de la responsabilité palpable m’ont marqué et donné envie de filmer au plus près des personnages", nous avait-il confié. Son objectif : placer le spectateur dans l’inconfortable et passionnante position de juré. "L’ambition était d’interpeller chacun et de faire réfléchir." Mission accomplie… en très bonne compagnie. Au-delà des deux acteurs novices, d’une étonnante maturité, le casting est brillant : Audrey Dana, Pierre Arditi, Mathieu Kassovitz, Charlotte Gainsbourg, Benjamin Lavernhe.

Pour jouer l’avocat de la défense, Attal a choisi l’interprète de l’abbé Pierre, parce qu’il excelle sur les planches : "Sachant que je filmerai sa plaidoirie en plan séquence, il me fallait un acteur capable de dire un texte de plusieurs pages. J’ai choisi Benjamin, pensionnaire de la Comédie-Française." Habitué depuis ses débuts à faire jouer sa compagne, Charlotte, a-t-il hésité à offrir le rôle à leur fils, Ben, aperçu dans Mon chien Stupide, son précédent opus ? Pas une seconde ! " Je tourne avec des acteurs que j’aime. Tant qu’à faire. Ma seule réflexion est qui sont les acteurs justes pour les rôles ? Il l’était." Aucune objection, il l’est sans conteste.

Les Choses humaines : dimanche 17 mars à 21h10 sur France 2

JULIEN BARCILON 

Par
Julien Barcilon