Sur les chemins noirs (France 2) – Jean Dujardin dans les pas de l’écrivain Sylvain tesson

Mis à jour le 9 janvier 2026 à 11:28
THOMAS GOISQUE/APOLLO FILMS
Avec son sac à dos et ses bâtons de marche, Jean Dujardin incarne le double romanesque de l’écrivain voyageur dans l’adaptation de son livre Sur les chemins noirs, ode à la reconquête de soi à travers la marche. 

En août 2014, l’auteur de La Panthère des neiges fait une chute de 8 mètres, en escaladant le toit d’un chalet, à Chamonix, après une soirée trop arrosée. Traumatisme crânien, fractures multiples, coma artificiel avant l’enfer d’une rééducation, qu’il écourte pour la mener à sa façon : traverser la France à pied, en empruntant la diagonale du vide, du Mercantour, dans les Alpes, à l’extrémité du Cotentin. « Se rééduquer, cela commence par ficher le camp », écrit-il dans son ouvrage, où il raconte son périple « par les chemins cachés, bordés de haies, par les sous-bois de ronces et les pistes à ornières reliant les villages abandonnés ». 

Happé par le récit, Jean Dujardin partage son enthousiasme en postant la couverture du livre sur les réseaux sociaux, accompagnée d’un : « Si vous voulez lire quelque chose de beau, voilà. Ça résonnera peut-être en vous… » Deux semaines plus tard, le réalisateur Denis Imbert l’appelle : "J’ai adapté le livre avec Diastème, pourrais-tu lire le scénario ?" Les planètes sont alignées : "J’ai toujours fantasmé ce départ avec un sac à dos. Appelons ça une fuite, un chemin de rédemption. J’avais envie de le vivre à travers ce rôle", confie l’interprète d’ OSS 117. En gilet de tweed et doudoune, bâtons de marche en main, carnet de notes en poche, il devient le double de fiction de Sylvain Tesson : Pierre, taiseux et peu aimable. 

REVENIR À L’ESSENTIEL 

Avec une seule caméra, le réalisateur suit le comédien, qui emprunte le même trajet que son modèle. L’occasion d’épouser les « replis » d’une nature, tantôt grandiose, tantôt campagnarde, et de revenir à l’essentiel : « Une vie réduite à sa plus simple expression », résume Tesson, qui se plaît « à disparaître dans la géographie ». Aux yeux de Jean Dujardin, ce voyage est synonyme d’« aventure intérieure. Ce besoin d’aller sur les chemins de traverse pour alléger sa conscience, se refaire une santé physique et mentale ».

Pour ce qui est de crapahuter dans la caillasse ou dans l’herbe des prés, le comédien a été gâté. « Je suis un vrai labrador, mieux un patou des montagnes. Je randonne beaucoup et j’étais toujours partant pour dire à Denis Imbert : “Amène-moi sur la pente. Tesson serait passé par là !” Il avait besoin d’avoir mal… » À l’occasion, il fait aussi un bout de chemin avec des collègues : Jonathan Zaccaï, dans le rôle de l’ami Arnaud, Izïa Higelin, dans celui de sa soeur. « On devrait toujours répondre à l’invitation des cartes, croire à leur promesse, traverser le pays et se tenir quelques minutes au bout du territoire pour clore les mauvais chapitres », conclut Tesson sur le papier. 

Lorsque le voyage se termine à l’écran, sur une plage du Cotentin, on ne sait plus si c’est Pierre ou Jean, lui-même, qui lâche tout. « On peut le percevoir comme ça, concède Dujardin. Je me suis offert cette scène, en tout cas, cette ambiguïté. Ce sont des larmes de jeu, mais elles viennent de mon coeur, de mon corps. Pleurer au cinéma, c’est comme un vin chaud. C’est très agréable. » 

Sur les chemins noirs, dimanche 12 octobre à 21h10 sur France 2

Par
Isabelle Magnier