Miss (France 2) : Ce que pense Sylvie Tellier de cette comédie qui étrille le concours Miss France

Mis à jour le 9 janvier 2026 à 6:16
Julien PANIÉ - © 2020 - Zazi Films / Chapka Films / France 2 Cinéma / Marvelous Productions
Pertinente et gonflée, cette comédie aux belles vibrations explore les coulisses du concours Miss France et nous offre une exaltante ode à la tolérance.

“Soyez vous-même, les autres sont déjà pris. » Depuis tout petit, Alex, 25 ans, applique avec panache l’aphorisme d’Oscar Wilde. Plus qu’un simple mantra de développement personnel, c’est pour lui un combat quotidien. Il en faut, du courage, pour s’affranchir du diktat de la norme. Se sentant à la fois homme et femme, 100 % androgyne, Alex broie du noir, jusqu’au jour où, révélation (ou crash annoncé ?), il se lance dans un challenge impossible : devenir Miss France ! L’idée de cette fable populaire est née d’une boutade. Ruben Alves, le réalisateur de La Cage dorée (2013), travaillait sur un projet de téléfilm sur la transidentité. À cette occasion, il rencontre Alex Wetter, mannequin androgyne, qui venait de défiler pour Jean Paul Gaultier. "Je lui ai demandé s’il envisageait une transition. Ce n’était pas le cas. Il se sent juste plus fort en femme", raconte le cinéaste, qui choisit, finalement, l’androgynie pour sujet. Lorsque Alex lui dit que Marianne est, à ses yeux, la quintessence de la féminité, du tac au tac, Ruben rebondit : « Et pourquoi pas Miss France ? » 

“SENSIBLE ET CULOTTÉ” 

Contre toute attente, l’accueil de la Société Miss France fut positif, malgré un scénario sans complaisance, qui n’évite pas le débat autour de cette vision polémique de la féminité. Lorsque nous interrogeons Sylvie Tellier, alors directrice générale, sur les raisons de la participation de l’Organisation Miss France au film, elle explique : "C’est le fruit d’une rencontre avec Ruben Alves. On a tout de suite senti qu’il était bienveillant, respectueux des valeurs de Miss France. Il ne faut pas chercher de prise de position de notre part, c’est juste un fi m qui traite de tolérance, de l’acceptation de la différence. Comment ne pas s’associer à ce beau message ?" Elle ne regrettera pas son soutien : "Miss est émouvant, sensible et culotté", nous confiera-t-elle à la sortie du film. Trois adjectifs bien trouvés, auxquels on ajoute drôle. Les coulisses de l’élection regorgent de pépites.

La plus belle est assurément la performance de Pascale Arbillot, en directrice autoritaire du concours, dont les failles laissent allègrement passer la lumière. Sur le fil (le sujet est casse-gueule), Ruben Alves réussit un superbe film sur le courage d’être soi-même. Sa plus grande victoire est de se jouer des clichés sur le travestissement, l’androgynie et la question du genre. Avec Alex, on rencontre une tribu haute en couleur, qui cohabite dans la pension tenue par la très soupe au lait Yolande, qui exècre le concours Miss France. Isabelle Nanty l’incarne avec beaucoup d’humanité. Lola, un vieux travesti prostitué, est l’autre figure des lieux. Zéro Zaza Napoli dans l’air, mais une émotion à fleur de jeu : Thibault de Montalembert est impérial. Qualité d’interprétation, justesse du propos, pas de prêt-à-penser : Miss divertit tout en invitant à la réflexion. Un sans-faute. À l’image du novice Alex Wetter qui, pour ses débuts à l’écran, démontre, en héros chrysalide, des qualités de comédien admirables. 

Miss, dimanche 26 mars à 21h10 sur France 2

JULIEN BARCILON 

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