Pour comprendre l’origine de Jeanne du Barry, il faut remonter à 2006, quand Maïwenn découvre le Marie Antoinette de Sofia Coppola. La réalisatrice et actrice française se passionne pour le personnage, pourtant secondaire, de la courtisane, campé par Asia Argento : « Je me sens immédiatement en connivence avec Jeanne, elle me manque dès qu’elle quitte l’écran. Je tombe amoureuse d’elle et de l’époque. » L’idée d’un film est déjà là, mais sera contrariée, dix années durant, par un « sentiment d’illégitimité » à s’emparer du sujet. Mais, l’expérience aidant, Maïwenn finit par se libérer de son « complexe d’infériorité » et écrit ce biopic sur cette fille du peuple, longtemps sévèrement jugée par l’Histoire pour avoir charmé Louis XV. Un coup de foudre réciproque sur lequel se focalise le film : « C’est cet amour qui la mène à sa perte. Elle en sort avec une étiquette qui ne la quittera plus : la pute du roi. Elle ne méritait pas qu’on la résume à cela. »
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DEUX REFUS, UN MIRACLE
Pour le rôle central de Louis XV, la réalisatrice mise sur Johnny Depp, qui n’est alors que le troisième choix sur sa liste. En effet, Maïwenn a passé trois années à écrire pour un grand acteur français, qui a finalement refusé de lire le scénario. « Je mets un petit moment à digérer ma déception avant de proposer le rôle à un autre acteur français, qui doit renoncer pour des soucis de santé. Je n’ai plus de désir pour un Français dans ce rôle… »
Depp, qu’elle contacte sans trop y croire, accepte, contre toute attente. Elle l’admire pour sa capacité à faire passer de l’émotion sans prononcer un mot. Son français très approximatif, qui aurait pu faire s’effondrer le film, est largement compensé par le charisme animal de l’acteur. Il fait consciencieusement ses devoirs, lit des biographies du roi, discute avec des experts… « Ce type de proposition n’arrive pas tous les jours ! Ce que je creuse, ce n’est pas tant le grande Histoire que les petites autour de Louis XV. Et je m’en nourris pour composer ce personnage riche d’énormément d’identités. »
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“INTRUSION INACCEPTABLE”
Mais, durant le tournage, qui a lieu en partie au château de Versailles, des rumeurs fusent sur la mésentente entre l’acteur et la réalisatrice. Maïwenn nuance : « C’était intense, parfois tumultueux, mais je suis rodée. Johnny est une star, un roi… et un Américain. » avec des méthodes à l’avenant. Quand elle vient tout naturellement frapper à la porte de la loge de Depp, ce dernier fulmine contre cette « intrusion inacceptable ». Autres coutumes… Mais de compromis en compromis, le duo s’apprivoise : « Il faisait des efforts, même si ça lui coûtait, résume Maïwenn. En France, le boss, c’est le metteur en scène. À chaque prise, je tournais sa proposition, mais je lui demandais aussi d’interpréter la mienne pour avoir le choix. Et il a vraiment joué le jeu. » Si bien qu’à la première du film en ouverture du Festival de Cannes 2023, il n’y avait que des sourires entre ces deux-là.
Jeanne du Barry, dimanche 18 mai à 21h10 sur France 2