En 1975, après 2001 : l’odyssée de l’espace et Orange mécanique, deux oeuvres futuristes, le cinéaste américain Stanley Kubrick se projette dans le passé, en adaptant le roman du Britannique William Thackeray, Mémoires de Barry Lyndon, publié en 1856, qui raconte l’ascension et la chute d’un jeune arriviste. En 1760, en Irlande, Redmond Barry, tête brûlée et séducteur, se bat en duel, part faire la guerre sur le Continent, devient espion à Berlin et joueur professionnel. Puis il grimpe dans l’échelle sociale en épousant Lady Lyndon, une jeune et riche veuve. Il tente alors de se faire une place dans l’aristocratie anglaise qui, le tenant à juste titre pour un parvenu, signera sa chute. Pour incarner cet antihéros, Kubrick choisit Ryan O’Neal, après avoir essuyé un refus de Robert Redford. Il le sait : la Warner ne financera le film que si une tête d’affiche tient le rôle-titre. Au mitan des années 1970, Ryan O’Neal est une star grâce au succès de Love Story, mélo qui a fait pleurer le monde entier. Mais sur le tournage, les rapports entre l’acteur et le metteur en scène, réputé tyrannique, sont si tumultueux que O’Neal refusera de faire la promotion du film. Barry Lyndon restera néanmoins le rôle de sa vie.
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XVIIIe SIÈCLE AUTHENTIQUE
Pas un bouton de vareuse, pas un ruban, pas une coiffure, pas un guéridon ni même un jardin qui ne soit en accord avec l’époque. Kubrick s’appuie sur des centaines de reproductions de dessins, de gravures et de tableaux, qu’il a classées par thème. Les toiles de maître l’inspirent, il cherche à reproduire les paysages de Watteau, étudie les portraits de Thomas Gainsborough.
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ÉCLAIRER LA NUIT
Même art du détail pour les costumes, confiés à Milena Canonero, déjà à l’ouvrage sur Orange mécanique. « Elle peut passer la nuit à coudre, broder des robes qui, au matin, se révèlent parfaites », admire l’actrice Marisa Berenson (Lady Lyndon), qui a grandi dans la haute couture auprès de sa grand-mère, Elsa Schiaparelli. Stanley Kubrick ne transige jamais. Il tourne en décors naturels, rien en studio. Jugeant absurde de réaliser un film d’époque à l’électricité, le cinéaste décide de tourner ses intérieurs nuit à la lueur de centaines de bougies. Les techniques optiques de l’époque ne permettant pas de capter leur éclat, il utilise un objectif Zeiss ultrarapide, conçu exclusivement pour la Nasa. Avec quelques éclairages d’appoint et l’aide de son chef-opérateur John Alcott (oscarisé pour ce prodige), Kubrick réussit son pari. Il dira plus tard au critique de cinéma Michel Ciment : « Le point de départ et la condition sine qua non de toute histoire, qu’elle se situe dans le passé ou dans le futur, c’est qu’on croie à ce qu’on voit. » Malgré ses quatre Oscars (photographie, costumes, décors et musique), Barry Lyndon fut un échec critique et public, surtout aux États-Unis. Il n’en est pas moins devenu un classique dont la flamme brûle encore.
Barry Lyndon, dimanche 8 juin à 20h55 sur Arte