Les mille vies de Dustin Hoffman
Dans le rôle de Jack Crabb, dernier survivant de la bataille de Little Big horn (1876), qui témoigne de sa vie auprès d’un historien, Dustin Hoffman traverse un siècle d’Histoire américaine avec une souplesse déroutante. Sous ses prothèses de vieillard ou dans la peau d’un jeune trappeur, il adopte toutes les identités (Blanc, Cheyenne, soldat, bourreau, victime…) sans jamais appartenir durablement à aucune. Stupéfiante performance et reflet d’une Amérique incertaine, sans socle, construite sur les ruines de ses propres mythes.
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Rires et violence
À l’image de son protagoniste, Little Big Man est un film mouvant, qui renverse les codes du western. L’ironie et le burlesque côtoient constamment le tragique, tandis que le scénario se place – de façon inédite pour l’époque – du point de vue des peuples autochtones. Ici, les cowboys sont grotesques, les Amérindiens philosophes et les héros n’existent pas. Arthur Penn ose même tourner en dérision le vénéré général Custer, réduit à un clown meurtrier.
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Mémoire bancale
Jack Crabb aurait donc tout vu, tout vécu. Mais ses souvenirs sont bien souvent invraisemblables : en brouillant les frontières entre le faux biopic et le roman national, Penn interroge la manière dont l’Histoire se fabrique. "Le film devait rester libre et ouvert, sans que tout soit défi ni et résolu", expliquait le réalisateur, qui refusait le mélodrame pour conserver une veine picaresque et insaisissable. Géniale intuition permettant à Little Big Man de conserver intact son pouvoir de fascination, malgré les cinquante-cinq ans qui nous séparent de sa sortie.