Santé : L’incroyable pouvoir des odeurs

Mis à jour le 8 janvier 2026 à 17:32
Getty Images/PhotoAlto
On y prête peu attention, mais dans notre vie quotidienne, l’odorat a pourtant un rôle essentiel. Hirac Gurden, directeur de recherches en neurosciences au CNRS, nous en dit plus.

La combustion de bâtons d’encens dans une église arménienne, la cuisson d’un riz au lait relevé de cannelle, le sillage iodé de la presqu’île de Crozon… Pour Hirac Gurden, « les odeurs sont des traits d’union émotionnels entre le passé et le présent ». À travers les pouvoirs extraordinaires de l’odorat, c’est toute la force du lien sensoriel qui s’éveille et, cela, in utero. Un foetus de 6 mois ressent les odeurs du liquide amniotique ! Et lorsqu’on demande au scientifique ce qu’est une odeur, sa réponse est simple : « L’odeur, c’est la vie ! » 

À VUE DE NEZ 

L’odorat semble parfois considéré comme le parent pauvre des sens. Or, nous sommes dotés d’environ quatre cents types de récepteurs, des microcapteurs bio chimiques qui réagissent aux odeurs. Ils fonctionnent avec des combinaisons infinies pour détecter toutes celles qui nous entourent. Comme la nature est bien faite, l’ensemble des neurones olfactifs est renouvelé tout au long de la vie. Hirac Gurden nous explique : « Le système sensoriel cérébral spécialisé dans le traitement des odeurs construit une représentation mentale de ce que nous sentons. De ce fait, notre mémoire sensorielle permet d’adapter notre comportement à notre environnement, en nous servant des expériences passées. Par exemple, une forte odeur de brûlé nous alerte sur la présence d’un danger et nous fait réagir en conséquence. Mais celle, modérée, dégagée par un barbecue, n’induit pas le même effet comportemental. Il existe divers types de mémoire. L’une d’elles emmagasine des informations à court terme, lesquelles s’effaceront rapidement, tandis qu’une autre préservera les souvenirs dans le temps qui resteront bien rangés dans notre cerveau. Dans ce cadre, les informations peuvent être organisées sous forme d’épisodes. C’est à cette famille de mémoire, appelée mémoire épisodique, qu’appartient la madeleine de Proust. Ce type de mémoire est stocké dans des synapses et des neurones qui font partie des structures cérébrales en souffrance. » 

QUAND L’ODORAT S’EN VA 

En France, environ 6,5 millions de personnes souffrent d’un trouble de l’odorat, plus ou moins important. En cas de perte totale, on parle d’anosmie. Elle peut apparaître après un épisode de Covid-19, une sinusite chronique, un rhume ou à cause de polypes nasaux. Elle peut aussi être provoquée par certaines pathologies neurologiques, comme les maladies d’Alzheimer et de Parkinson. Il est bon alors de recourir à des protocoles de rééducation par stimulation olfactive quotidienne, pour une durée minimale de douze semaines. Des protocoles élaborés par Hirac Gurden, à partir des travaux de recherche du professeur Thomas Hummel, expert de l’olfaction de renommée mondiale. Pour cela, il suffit de respirer des huiles essentielles de citron, de clou de girofle, de rose ou de géranium rosat et d’eucalyptus. Des senteurs à compléter avec de la menthe poivrée et des grains de café. À retrouver gratuitement sur  www.anosmie.org

Hirac Gurden est l’auteur de Sentir. Comment les odeurs agissent sur notre cerveau (Les Arènes)

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