Elodie Navarre (Résistantes) : « Le régime de Vichy, comme les nazis, considérait les personnes handicapées comme indésirables »

Publié le 7 mai 2025 à 9:56
FTV
La comédienne Elodie Navarre est l’héroïne de Résistantes, un drame diffusé ce mercredi 7 mai 2025 à 21h10 sur France 2, qui questionne la collaboration sous l’Occupation. Interview.

Pouvez-vous nous présenter Gisèle, votre personnage ?

Élodie Navarre. Il s’agit de l’épouse d’Armand Gauthier – interprété par Jonathan Zaccaï –, médecin et maire d’un village sous l’Occupation. Ils forment un couple de notables respectés, qui ne veulent surtout pas se mêler de politique. Ils vont pourtant être amenés à s’engager quand leur grande fille, sourde et muette, souhaitera entrer à la Providence, une institution religieuse enseignant la langue des signes, dirigée par la mère supérieure, sœur Madeleine. Le téléfilm faisant des allers-retours entre 1944 et 1970, ce rôle de religieuse est interprété par Béatrice Facquer pour la période 1944, et Line Renaud pour 1970.

Gisèle est plutôt réticente à l’idée de placer sa fille dans cette institution. Pourquoi ?

Le régime de Vichy, comme les nazis, considérait les personnes handicapées comme indésirables. Par ailleurs, la langue des signes était mal vue, car elle pouvait être subversive. Pour protéger sa fille, Gisèle refuse de la laisser intégrer la Providence. Elle est aussi dans une attitude de déni vis-à-vis du handicap de son enfant.

"Résistantes est dans la lignée de la série Un village français"

En quoi le placement de leur fille dans cette institution va-t-il faire basculer la vie du couple ?

La Providence est aussi un refuge pour les réfractaires au Service du travail obligatoire (STO), les résistants et les réfugiés juifs. L’histoire est d’ailleurs basée sur des faits authentiques. L’institution a bien existé. Elle était dirigée par la mère supérieure Marie-Louise Gervais, Mère Moïse de son nom religieux, décédée en 1970. La sœur a été élevée au grade d’officier de la Légion d’honneur.

Qu’est-ce qui vous a séduite dans ce scénario ?

Il est dans la lignée de la série Un village français. On explore l’attitude et les choix moraux des personnages dans ce contexte d’Occupation. On est confronté à l’ambiguïté de la collaboration et à ce douloureux dilemme que certains ont eu à trancher : peut-on trahir pour sauver sa famille ? Aujourd’hui comme hier, le courage et l’esprit de sacrifice ne sont pas donnés à tout le monde.

Comment vos grands-parents ont-ils vécu cette époque ?

Ma maman est autrichienne. Mon grand-père a été envoyé combattre en Grèce. Je l’ai longtemps harcelé de questions sur cette période. Du côté de mon père, on cherchait surtout à survivre. Ma grand-mère faisait des allers-retours de 40 km à vélo, entre Paris et une ferme des Yvelines, pour rapporter des œufs, du lait ou du poulet, afin de pouvoir nourrir ses sept enfants.

Elodie Navarre aurait-elle pu être résistante ? "Si mon pays était menacé…"

Et vous, pensez-vous que vous auriez été résistante ?

Je songe à ces femmes ukrainiennes qui ne pensaient pas l’être et qui, à la faveur de l’invasion russe, se sont révélées combatives et résistantes. Si mon pays était menacé, je pourrais être capable d’une grande force patriotique.

De la Seconde Guerre mondiale, il est aussi question dans L’Injuste, la pièce dans laquelle vous triomphez actuellement, au côté de Jacques Weber, au Théâtre de la Renaissance, à Paris…

Je joue en effet une journaliste israélienne qui rencontre François Genoud, décédé en 1996, un banquier suisse. Cet homme a été le grand argentier des nazis, avant de financer les mouvements nationalistes arabes. Un face-à-face intense et bouleversant.

Par
Hacène Chouchaoui