Droit de regard (France 2) – Camille Goudeau : « Les personnes handicapées ont tendance à être invisibilisées »

Publié le 31 janvier 2024 à 10:44
Fiction TV
Pour son premier premier rôle, cette comédienne est bouleversante en mère atteinte de cécité qui se bat pour conserver la garde de ses enfants.

“J’ai reçu un coup de téléphone de l’agence artistique Singularist, qui recherchait une comédienne légèrement malvoyante pour un téléfilm. J’avais déjà joué un tel rôle dans un court-métrage", confie Camille Goudeau, qui endosse, avec conviction, le rôle d’Alexandra Lipetz, une mère de famille en instance de divorce, atteinte d’un glaucome, et qui se bat face à son mari, Yann (incarné par Raphaël Lenglet), pour conserver la garde de ses enfants. Ce téléfilm est le premier grand rôle de cette trentenaire. Jusque-là, elle n’avait tourné que deux courts-métrages. « J’ai un déficit visuel, explique-t-elle. Mais mon handicap n’est pas perceptible au quotidien, j’ai des corrections qui me permettent d’avoir une vision presque correcte. Pour les besoins du tournage, j’ai beaucoup travaillé sans mes corrections afin de me mettre en situation. » 

Elle confie avoir été happée par le scénario, écrit par Nicole Jamet et Anne-Sarah Kertudo (elle-même aveugle et malentendante), et ajoute : « Les personnes handicapées ont tendance à être invisibilisées. Certaines vivent comme une honte leur handicap, elles le cachent, sont dans le déni. Ce téléfilm est un message d’espoir pour celles et ceux qui vivent ce genre de situation. Il ne faut jamais baisser les bras. » 

Cette fiction est à prendre comme un plaidoyer pour l’accessibilité et l’inclusion. À travers le combat d’Alexandra, on découvre les difficultés sociales et professionnelles auxquelles les handicapés sont confrontés. « Alexandra est une femme indépendante, très solide. Elle fait du coaching pour des managers et des cadres. Quand elle perd la vue, son entreprise songe à la reconvertir dans des tâches subalternes, ce qu’elle refuse. Elle se sent capable d’accomplir ses missions. Le handicap en entreprise est perçu comme une fragilité. Ce sont des préjugés que, malheureusement, on continue d’alimenter », regrette Camille Goudeau. 

UN PARCOURS ATYPIQUE 

Le parcours de la jeune femme est assez atypique. « Je n’ai jamais suivi de cours de comédie. Ma passion première est l’écriture, et je gagne ma vie comme bouquiniste sur les quais de Seine, à Paris. J’ai choisi cette activité pour avoir la liberté d’écrire. Je suis propriétaire de mes boîtes et j’ai le statut d’auto-entrepreneure. Je gère mon emploi du temps comme je veux. Je peux ainsi me consacrer à l’écriture. » Elle a d’ailleurs publié un premier roman en 2021, Les Chats éraflés, chez Gallimard. Camille Goudeau voit cependant l’avenir de son commerce s’assombrir après la décision des autorités de retirer les boîtes des bouquinistes pendant les Jeux olympiques 2024. « On le vit très mal. On ne sait toujours pas pourquoi on nous demande de les enlever. On n’a reçu aucune information, ni de précision quant à notre indemnisation, et tout ça sur une période où l’on est censé faire du chiffre. Ça risque de mettre en grande difficulté la corporation. » En attendant, elle vient de déposer le manuscrit de Crache le soleil, son second roman. « Il passera en comité de lecture fin janvier. Je croise les doigts ! »

Droit de regard, mercredi 31 janvier à 21h10 sur France 2

Par
Hacène Chouchaoui