On est fait pour s’entendre (France 2) : Comment Pascal Elbé s’est inspiré de son handicap pour sa comédie

Publié le 3 octobre 2023 à 12:33
Stéphanie BRANCHU - © Jerico Films / Père & Films / France 3 Cinéma
Après le drame (Tête de Turc) et le polar (Je compte sur vous), Pascal Elbé cisèle une comédie romantique qui sort des sentiers battus : un condensé d’humour, d’intelligence et de sincérité.

“Si je le résume au maximum, mon film raconte l’histoire d’un type qui va apprendre à écouter, le jour où il comprend qu’il est sourd !", explique Pascal Elbé, qui signe une troisième réalisation réjouissante, d’une sincérité absolue. Soit l’itinéraire d’Antoine, un prof d’histoire d’une cinquantaine d’années, replié sur lui-même, étranger aux autres, bien malgré lui. Hautain, méprisant, blasé, à l’ouest… telle est l’image négative qu’il renvoie à ses élèves, ses collègues, ses amours. Il y a erreur sur la personne : Antoine a presque totalement perdu l’audition, et a du mal à l’entendre. Par pudeur, peur d’avouer son handicap : une vraie cécité psychique ! Pour donner le change, il jongle et, forcément, collectionne les malentendus. Comme avec sa voisine, Claire, qui tambourine chaque matin à sa porte parce que son réveil, qu’il n’entend pas, fait trembler l’immeuble. Ces deux-là ne s’entendront jamais. Jamais ? Pour sa troisième réalisation, Elbé souhaitait investir le registre de la comédie, mais peinait à trouver le bon sujet. Sa mère et ses enfants l’ont aiguillé : "Le sujet est sous ton nez depuis que tu as perdu un peu d’audition." Quelle bonne idée ! Et d’expliquer : "Ensuite, la lecture du livre de David Lodge, La Vie en sourdine, sur le quotidien d’un prof d’université qui n’entend plus rien, a achevé de me convaincre. Il avait mis des mots sur ce que je vivais."

DIAGNOSTIQUÉ À 42 ANS 

Dur de la feuille, comme il n’hésite plus à l’avouer, Elbé a puisé dans son vécu la matière de cette fiction romantique, au comique de situation exquis. Pendant longtemps, Pascal, comme Antoine, était dans le déni. Il n’a été diagnostiqué qu’à 42 ans : "Mon quotidien était un peu un travail de funambule, entre ce que vous percevez et ce que vous ne percevez pas. On essaye de ne pas passer pour un crétin ou un rabat-joie. Il vaut mieux en rire. » Pour lui : « Il ne s’agissait surtout pas de faire le journal d’un malentendant, je souhaitais que le handicap soit au service de la comédie."

RÉUSSITE TOTALE 

Les séquences cocasses, hilarantes, touchantes, lumineuses s’enchaînent. Avec la complicité d’une troupe épatante : François Berléand, Emmanuelle Devos, Marthe Villalonga, sont des seconds rôles parfaits. Comme principale partenaire de jeu, il trouve en Sandrine Kiberlain, "l’actrice absolue, de celles qui savent passer de la légèreté à la gravité en une seconde", dixit Elbé, une alliée au charme irrésistible. Son sens du jeu, mix de naturel et de peps, fait merveille. Elle illumine le personnage de Claire, jeune veuve à fleur de peau, dont la fille, Violette, est mutique depuis la disparition de son père. "J’ai été séduite par la sincérité du projet, l’autodérision qui l’accompagne. Le film traite de son handicap, avec humour et émotion. J’ai été très touchée par sa façon de livrer son expérience et de construire à partir de là une vraie histoire", confie-t-elle. Amie de longue date de Pascal, elle ignorait, comme nous, son handicap avant la lecture du scénario.   

On est fait pour s’entendre, mardi 3 octobre à 21h10 sur France 2

Par
Julien Barcilon