Ce personnage de Sybille Delestre est très éloigné de celui de Catherine Beaumont (Une famille formidable), qui vous a rendue si populaire…
Anny Duperey : Quand on a arrêté Une famille formidable, en 2018, j’ai craint que l’on ne me propose que des rôles de grandes filles sympas. Et puis j’ai eu le plaisir d’incarner des personnages très différents. Comme celui de cette veuve, qui se comporte de façon très dure avec sa fille, Clara (Alexia Barlier). On ne sait pas trop où elle veut nous emmener. Elle-même, en a-t-elle la moindre idée ? Est-elle muée par une maladie mentale ou bien se laisse-t-elle guider par les reproches adressés à sa fille, qu’elle estime responsable de la mort du petit Thomas ?
Le décor de l’intrigue, ce vaste manoir normand surplombant la mer, ajoute beaucoup au mystère qui plane sur cette famille…
En effet, et il est extraordinaire que, pour l’ambiance du film, ce tournage soit survenu en pleine tempête. Ces éléments déchaînés sont parfaitement symboliques de ce qu’il se passe dans la tête de Sybille.
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Comme vous, cette femme n’a pas la langue dans sa poche… Ce trait de caractère vous a-t-il desservie dans la vie ?
Je ne sais pas exactement. C’est vrai que je n’ai pas été avare de mes opinions pendant la période que l’on a vécue, avec le Covid. Je reste toujours ahurie de la non-réaction des gens, que l’on peut boucler chez eux comme on veut, que l’on peut mener par la peur. Il suffit de faire peur aux gens et on leur fait faire n’importe quoi. Ce qui m’inquiète le plus, c’est cette non-réaction vis-à-vis du monde de contrôle de ceci ou cela, vers lequel on nous dirige. Mais, attention, si je suis une femme engagée, je ne suis pas une passionaria qui lève le poing en prenant fait et cause pour un parti. J’ouvre simplement la bouche pour des choses qui me semblent de bon sens humain.
Dans un registre plus léger, il vous arrive de pousser la chansonnette, comme dans Mask Singer (TF1)…
Je ne peux dire que du bien de ce programme. Moi qui aime ce métier et ses travailleurs de l’ombre, je n’ai jamais vu une émission employer autant d’artisans du spectacle. Ça va du dessinateur au décorateur, en passant par le peintre, le couturier, le costumier, les danseurs… Ça, c’est de la télévision ! C’est drôle, juste au moment où j’étais déguisée en phoenix pour Mask Singer, ma fille (Sara Giraudeau,ndlr) a dit de moi que j’étais un phoenix, lorsqu’elle a reçu son Molière de la Meilleure actrice 2023.
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C’est une grande fierté pour la femme de théâtre que vous êtes (elle joue dans Mes chers enfants, au Lucernaire, à Paris, jusqu’au 22 octobre) ?
J’étais surtout heureuse pour elle. J’ai une relative distance avec les prix. Personnellement, j’ai été nommée cinq fois aux Molières. Mais il y a toujours eu une actrice plus âgée pour me passer devant. (Rires)
Vous avez eu deux 7 d’Or, en 1988 et 1993. Les avez-vous conservés ?
Non, car ce trophée pesait une tonne et était pointu de partout. Donc j’ai dit : « Poubelle, poubelle ! », pour la bonne cause du crâne ou des pieds de mes enfants