C’est une question qui revient de plus en plus dans le monde du sport : Et si le jeu de tête s’avérait dangereux pour la santé des footballeurs ? Au mois d’avril dernier déjà, une étude française menée par le docteur Hélène Cassoudesale le professeur Patrick Dehail du CHU de Bordeaux révélait que la pratique des têtes à répétition pouvait avoir des conséquences sur le fonctionnement du cerveau des athlètes.
Afin d’aller plus loin, le professeur Stéphane Kremer, qui officie à l’hôpital Hautepierre de Strasbourg, a lancé une nouvelle étude encore jamais réalisée dans le monde, comme l’explique le neurologue dans le documentaire Un football sans tête, disponible sur la plateforme L’Équipe explore à partir de ce jeudi 10 novembre : "Il y a des données dans la littérature qui font penser que le fait de prendre des coups de tête répétés peut induire des modifications morphologiques cérébrales. Notre idée, c’était de vérifier si, à l’issue d’une carrière de footballeur professionnel, on pouvait mettre en évidence d’éventuelles anomalies soit en IRM, soit sur le plan neuro-psychologique, et voir quel était potentiellement le rôle, uniquement, des coups de tête répétés."
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Ainsi, Stéphane Kremer et son équipe vont analyser le cerveau de 45 anciens joueurs professionnels. Parmi eux, Éric Carrière, ancien international français (10 sélections) passé notamment par le Nantes, l’OL ou encore le RC Lens. Avec un total de 527 matchs professionnels, l’ex-consultant de Canal+ a eu l’occasion d’enchaîner les têtes tout au long de sa carrière. L’homme aujourd’hui âgé de 49 ans explique à L’Équipe explore l’importance de cette étude selon lui : "On ne se pose pas ces questions-là. On doit faire des têtes, on en fait. C’est vrai que, parfois, on peut avoir un peu mal à la tête…", explique celui qui évoluait au poste de milieu de terrain avant de faire part de son expérience personnelle : "Quand Guy Roux est arrivé en Racing Club de Lens (en 2007, ndlr), il estimait que l’on n’avait pas un très bon jeu de tête. Il nous faisait beaucoup d’exercices dans ce registre. À chaque fois que j’ai eu des séances un peu plus rudes, avec des ballons qu’il fallait se donner à 30 mètres l’un de l’autre et qu’il fallait enchaîner les têtes, là je sentais bien que la séance n’était pas très bénéfique."
Dans des pays comme les États-Unis, l’Angleterre, l’Irlande ou encore l’Écosse, le jeu de tête est interdit dans les catégories jeunes. Alors que les plus hautes instances du football mondial se montrent plutôt discrètes sur cette problématique, Éric Carrière espère que cette étude permettra de rendre moins taboues les discussions sur ce sujet : "Je pense que peu de personnes ne voulaient avoir des informations. Mais au moins, si on sait que le jeu de tête pose problème… Soit on y va en connaissance de cause, soit on adapte la pratique pour que ce soit moins problématique. C’est un peu aussi pour ça que je suis là. Si on a les informations, après, celui qui les cache, c’est problématique. Je pense que pendant quelques années, il n’y a pas eu le souhait d’en avoir. On y vient. Évidemment, on croise toujours les doigts, on se dit « pourvu qu’ils ne trouvent pas grand-chose quand même ! »."
Un football sans tête : jeudi 10 novembre à partir de 12h00 sur L’Équipe explore
Benoît Lesueur