« Les règles journalistiques n’ont pas été respectées » : Un journaliste de TV5Monde rappelé à l’ordre après un entretien mouvementé avec un porte-parole de l’armée israélienne

Mis à jour le 8 janvier 2026 à 22:20
À la suite d'une interview musclée entre son journaliste Mohamed Kaci et le porte-parole de l'armée israélienne Olivier Rafowicz, la chaîne TV5Monde a tenu à prendre la parole dans un communiqué.

C’est une séquence ayant suscité de nombreuses réactions. Le 15 novembre dernier, Mohamed Kaci, journaliste pour TV5Monde, recevait en duplex dans l’émission 64’, Le Monde en français Olivier Rafowicz, porte-parole de l’armée israélienne. Rapidement, le ton est monté entre les deux hommes lorsque le journaliste a demandé : "Est-ce que vous allez prendre en compte désormais, l’urgence humanitaire dans l’enclave palestinienne ?" Ce à quoi le militaire a rétorqué : "Est-ce que vous prenez l’État d’Israël pour un État qui ne connaît pas les règles de la démocratie et du droit international ? Nous sommes une armée d’un État démocratique face au fascisme islamiste intégriste le plus horrible ! Nous faisons ce que nous faisons au niveau de la défense d’Israël et des Israéliens, de tous les Israéliens qu’ils soient juifs, chrétiens ou musulmans."

Par la suite, Mohamed Kaci a interrogé Olivier Rafowicz sur la question de l’opération menée dans l’hôpital Al-Shifa, qu’Israël soupçonnait d’être un camp de base du Hamas : "Entrer dans un hôpital, pour vous, ça correspond au respect des règles et du droit international, en particulier humanitaire ?", a lancé le journaliste, ce qui a fait sortir de ses gonds le porte-parole de Tsahal : "Pour vous, un hôpital qui est utilisé comme base militaire, ça vous parait normal ? Je vous pose la question. Un hôpital doit-il être utilisé comme base militaire ? La réponse est non, évidemment. Vous connaissez le Hamas ? Vous avez vu ce qu’ils ont fait. Ils ont massacré des enfants, éventré des femmes, brûlé des gens, brûlé des maisons. Vous croyez qu’ils se comportent selon le droit international ? Qu’ils se comportent selon la justice, selon le respect du droit humain."

"Donc, vous vous comportez comme le Hamas. C’est ce que vous me dites ce soir ?", a alors relancé Mohamed Kaci. La question de trop pour Olivier Rafowicz, qui a explosé de colère. "Vous vous comportez maintenant non pas comme un journaliste, mais comme quelqu’un qui prend une position politique. Je vous demande un peu de respect s’il vous plait ! Ce que vous me dites, c’est une attaque à l’Etat d’Israël et à Tsahal." Le journaliste de TV5Monde avait ensuite mis fin sèchement à l’entretien.

Face à la polémique, TV5Monde a publié un communiqué ce lundi 20 novembre, dans lequel la chaîne rappelle notamment à l’ordre son journaliste Mohamed Kaci : "Le 15 novembre dernier, l’un des porte-parole de l’armée israélienne, Olivier Rafowicz, était l’invité du journal quotidien « 64’, Le Monde en français » sur TV5MONDE, pour parler de l’opération militaire israélienne dans la bande de Gaza et plus particulièrement de celle menée contre l’hôpital Al-Shifa. À la fin de l’entretien mené par le présentateur de cette édition, Mohamed Kaci, les règles journalistiques, applicables à toute interview, n’ont pas été respectées. Ce qui a conduit à donner l’impression, dans la dernière question, que les modalités d’intervention de l’armée israélienne étaient équivalentes à la stratégie du Hamas, organisation considérée comme terroriste par de nombreux États. Par ailleurs, l’entretien ne s’est pas terminé selon les normes en vigueur de maîtrise de l’antenne mais de façon trop abrupte. Ce que la direction de l’information de TV5MONDE regrette profondément. Plus attentive que jamais depuis le 7 octobre à donner une information factuelle et équilibrée de la situation, sans céder à l’émotion ni aux pressions, tout en donnant la parole à toutes les parties, la direction de l’information de TV5MONDE redouble encore de vigilance sur ses antennes et ses supports numériques et prendra toutes les mesures nécessaires pour s’en assurer dans un contexte de grande tension."

Par
Noah Lénaud