Lorsqu’ils ont décidé de s’intéresser au sujet de l’école, il y a un an, Julie Pellet, Kevin Denzler et Jean-Charles Doria, réalisatrice et réalisateurs du documentaire pour la société Tony Comiti Productions, ne s’attendaient pas à un tel champ de bataille. Car nos enfants, actifs de demain, sont confrontés, depuis des années déjà, à un paquebot en perdition. Un paquebot qu’il a été difficile d’approcher, tant les portes de l’Éducation nationale sont scellées.
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« Aujourd’hui en France, il est plus facile de filmer dans les prisons que dans les écoles », se désole Jean- Charles Doria. Pourtant, avec 59 milliards d’euros par an, l’école, qui représente le premier budget de l’État, ne manque pas de moyens, pourrait-on croire. Encore faudrait-il que cet argent ne soit pas jeté par les fenêtres. Preuve en est ce « formidable » logiciel de gestions des enseignants, développé depuis onze ans, qui aura coûté à l’État 500 millions d’euros pour… ne jamais voir le jour ! Pour révéler ce scandale et tant d’autres, il aura fallu ruser. En effet, après des semaines de mails, de coups de fil et même de tentatives d’approche de l’ancien ministre de l’Éducation nationale, Pap Ndiaye, les réalisateurs et journalistes de l’équipe ont décidé de passer la seconde et de s’infiltrer au sein de l’école en caméra cachée.
L’un se fera embaucher (par téléphone, en quinze minutes, sans aucune expérience) en tant que contractuel dans un lycée, où il débarquera deux jours plus tard, armé de fiches téléchargées sur Internet et de tutos YouTube. Une autre intégrera un rectorat complètement dépassé par les absences récurrentes des professeurs, au point de ne même plus décrocher le téléphone. Une troisième sera embauchée comme surveillante dans un lycée et devra faire face à des élèves errant dans les couloirs, faute de profs, et à des actes de violence non sanctionnés. « On ne s’attendait pas à une telle désorganisation, confie Julie Pellet. À chaque niveau, on a constaté des manquements, des problèmes de communication et d’effectifs, qui reviennent et ne sont jamais résolus. Nous avons été marqués par l’ampleur des dégâts. »
ABONNÉS ABSENTS
Depuis la loi Jules Ferry du 28 mars 1882, l’instruction est obligatoire en France. À condition qu’il y ait des enseignants face aux élèves… Aujourd’hui, un millier de parents attaquent d’ailleurs l’État en justice pour défaut d’éducation. 15 millions d’heures d’enseignement n’ont pas été données en 2022. Et les dysfonctionnements, clairement exposés dans le documentaire, font sauter au plafond : des titulaires remplaçants, en CDI donc, qu’on « oublie » de rappeler pendant des mois, des contractuels qui exercent par-dessus la jambe, des chefs d’établissement prêts à embaucher n’importe qui pour boucher les trous, des enfants qui prennent un retard monstrueux dans leur scolarité… Reste enfin l’incroyable omerta qui règne, en partie due au droit de réserve imposé aux fonctionnaires. Ces dernières années, le #pasdevague a permis aux enseignants de dénoncer, entre autres, l’indifférence et le mépris de leur hiérarchie. L’État, donc.
Zone interdite, dimanche 12 novembre à 21h10 sur M6