Les 12 coups de midi (TF1) : “Pendant longtemps, j’avais dit non”, Bruno nous parle de son premier livre

Publié le 23 avril 2024 à 9:11
Capture d'écran TF1
À seulement 30 ans, Bruno Hourcade est devenu, en 2021, le recordman du monde de victoires individuelles dans un jeu télévisé avec pas moins de 252 participations aux 12 coups de midi et plus d'un million de gains et de cadeaux. La jeune a sorti "Moi, millionnaire ?", son premier livre, dont il a accepté de nous parler davantage.  

Comment en êtes-vous arrivé à vous dire que vous alliez mettre par écrit dans Moi, millionnaire ? votre expérience dans Les 12 coups de midi ? 

Bruno : C’est un livre qui parle d’un sujet qui me passionne, à savoir moi-même (rires). Non, je plaisante c’est surtout qu’on m’avait déjà approché après Les 12 coups de midi pour faire un livre, parler de moi, du record du monde, etc. Je m’étais dit : "Pourquoi ? Quel est l’intérêt ? J’ai gagné un jeu télé, OK, j’ai eu le record, mais en soi, est-ce qu’il y a vraiment une histoire à raconter ? Est-ce que ça vaut le coup ?". Pendant longtemps, j’avais dit non, en me disant que je n’ai pas non plus une histoire de vie incroyable et surtout, qu’on s’en fiche (rires). Puis, je me suis rendu compte que souvent, les gens m’arrêtent dans la rue pour me poser les mêmes questions sur l’émission, mon parcours, comment j’ai fait, etc. Je me suis finalement dit : "Il y a quand même, de la part d’un certain public, peut-être un petit intérêt". Et après, c’était surtout un défi personnel. C’est-à-dire que j’adore lire, je vis dans les livres depuis toujours, donc j’avais le côté de me dire : "Tiens, est-ce que moi, je peux écrire ?". Et puis, surtout que comme je ne travaille pas, je me suis dit que ça me faisait un défi qui allait occuper mes journées, entre écrire, lire, relire, voir les corrections, parce que j’ai été aidé pour écrire le livre, je ne fais pas semblant de l’avoir écrit tout seul (rires). 

Donc c’était surtout un défi personnel ? 

Oui, vraiment. Je me suis dit : "Imaginons que ça n’intéresse personne et que j’en vende zéro ?". Et bien, j’aurais quand même fait un livre sur mon aventure donc ça reste un peu du défi personnel. C’est un livre qui raconte évidemment surtout mon aventure des 12 coups de midi, comment on en est arrivé à ce stade du record du monde mais aussi un peu l’avant-après… Comment je me suis préparé, les méthodes de révisions, de travail, comment je me suis donné les moyens d’atteindre cet objectif, etc. Et ensuite, on parle donc un peu de l’après, dans le sens où que devient ma vie depuis ce passage à la télé. 

Ça fait quoi de gagner autant d’argent et de cadeaux ? 

C’est vrai qu’il y a un petit côté perturbant, surtout que c’est déjà très artificiel dans l’émission. C’est-à-dire qu’on a une cagnotte, mais ça mélange les gains et les cadeaux. Quand Jean-Luc Reichmann nous dit : "Votre cagnotte à 200, 300 000 euros, etc". On ne sait même pas exactement le pourcentage de cadeaux. Ce n’est pas très concret, on va dire. C’est vrai que quand on reçoit les premiers chèques, puisqu’on est payé chaque mois sur ce qu’on a gagné dans le mois de diffusion, là, ça devient très concret. Et surtout, ce sont des montants à cinq ou six chiffres. On calcule… Moi, ce que je faisais, c’était que je divisais ce montant par mon salaire de l’époque. Je me rendais vraiment compte que le chèque que j’allais encaisser correspondait, par exemple, à six ans de travail juste pour un mois ! C’est là que tu dis que c’est énorme.  En plus, moi, j’ai un peu un syndrome de l’imposteur où je me dis : "En vrai, est-ce que je suis le meilleur ? Est-ce que je mérite tout ça ?". Et là, de se dire un peu plus d’un million, c’est plus que ce que j’aurais dû gagner toute ma vie. C’est plus que ce que mes grands-parents qui ont un "vrai" travail ont gagné toute leur vie. Du coup, c’est vrai qu’il y a tout cet argent… D’un côté, c’est cool parce qu’évidemment, on se dit que la vie va changer, que ça va être beaucoup plus simple. Mais il y a quand même le côté du "Est-ce que c’est mérité ?", "Est-ce que c’est normal ?" auquel on ne peut pas arrêter de penser.  

Il m’est arrivé de lire sur les réseaux sociaux que c’est de l’argent facile. Que répondez-vous à ce commentaire ? 

C’est paradoxal parce que d’un côté, oui, je suis d’accord sur le fait qu’il y a quand même certaines émissions où si on fait un coup de maître, on peut gagner au maximum 15 000 euros [30 000 euros à partager avec un téléspectateur, ndlr]. C’est vrai qu’objectivement, à un moment, si on se pose et qu’on analyse, on se dit : "J’ai passé 45 minutes de tournage, j’ai gagné 15 000 euros net d’impôt". Quand on calcule et qu’on a un an de SMIC, à peu près dix mois de SMIC, en 45 minutes de tournage, objectivement, c’est vrai qu’on peut considérer que c’est de l’argent facile dans le sens où on n’est pas à l’usine, on répond "juste" à des questions. Parfois, les questions nous semblent faciles ou nos concurrents du jour n’étaient pas vraiment venus là pour gagner, mais peut-être pour faire coucou et finalement, parfois, il y a des émissions qui se déroulent très bien, très facilement et on gagne ces fameux 15 000 euros… Donc, objectivement, oui, c’est de l’argent facile. Après, ce n’est pas pour autant qu’il faut culpabiliser de le gagner. 

On peut quand même dire que vous avez travaillé pour gagner cet argent, non ? 

Oui, bien sûr. Les gens ne se rendent pas compte du fait que l’on s’organise, en tout cas pour ma part, et que ce jeu, finalement, c’est comme un travail parce que j’organisais tout mon emploi du temps en fonction de ça, quand il y avait des périodes off, je révisais, je faisais des fiches. Il y avait toute une logistique. Finalement, c’est limite comme si j’allais au travail et qu’il y avait un salaire excessivement important pour ce dur labeur (rires). Et pour revenir à la question de base, je suis assez d’accord sur le côté "c’est de l’argent facile" parce qu’on ne va pas se mentir, c’est quand même colossal comme sommes d’argent par rapport à l’heure et à l’effort. Mais je me suis donné les moyens d’y arriver et après, ça dépend qu’est-ce qu’on fait de l’argent ? Comment on le vit ? Quelle est l’attitude qu’on a ? Mais oui, clairement, il y a pire comme métier dans la vie. Et je trouve que j’ai toujours, selon moi, été reconnaissant de ce qui m’est arrivé. Je dirais que j’étais au bon endroit au bon moment et que j’ai eu une chance incroyable. 

Moi, millionnaire ? Comment je suis devenu le plus grand gagnant des jeux télé, de Bruno Hourcade avec la collaboration de Cyrille Legendre, éditions Hors Collection, 18,90 euros 

Par
Kahina Boudjidj