Pouvez-vous vous présenter ?
Je suis Adrien Susini, j’ai 31 ans, je suis originaire de Corse. Je vis sur Marseille depuis maintenant presque dix ans. Je suis arrivé sur Marseille suite à une agression qui m’a rendu paraplégique. Du coup, j’ai commencé ma rééducation, après j’ai rencontré ma femme, puis je ne suis jamais reparti. C’est ma ville de cœur maintenant.
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Que représente le chant pour vous ?
Je chante depuis que je suis tout petit, à chaque fois, je le dis, je chantais dans le ventre de ma mère (rires). Je chante depuis tout petit mais réellement en professionnel depuis presque une dizaine d’années. J’ai mon propre label. J’ai pratiquement fini mon album et j’ai mon premier single qui sort le 8 décembre sur le harcèlement scolaire.
Pourquoi ce sujet ?
Il est souvent traité sous le prisme des victimes, alors que j’ai la conviction qu’il faut traiter le sujet à la racine, c’est-à-dire du côté des personnes qui peuvent potentiellement être des harceleurs ou qui le sont déjà. Mon titre commence comme ça : ‘J’ai eu l’âge un peu bête, l’âge d’agir sans connaître, j’ai eu tort, j’étais jeune, tout comme toi’. Parce que moi aussi, je me mets dans ce truc-là, on a un peu tous embêté ce fameux premier de classe… Il n’y a pas de petits harcèlements, il n’y a pas de moyens harcèlements, il n’y a pas de gros harcèlements. Tout ça, j’en prends vraiment conscience depuis que je suis papa. Avec ce titre, j’aimerais vraiment passer le message, à tous ceux qui ont l’intention d’embêter ou d’harceler moralement ou physiquement une personne qu’on peut la détruire à vie…
Vous perdez l’usage de vos jambes suite à une agression… Vous disiez dans l’émission ne plus pouvoir chanter suite à cela, pouvez-vous nous en dire davantage ?
J’ai eu un pneumothorax suite à mon agression, c’est-à-dire que mes poumons étaient brûlés. Du coup, pendant pratiquement 3 ans, de 2014 à 2016-2017, c’était très difficile. J’ai fait de la rééducation, j’ai pris des cours mais même maintenant, des fois, je sens que je suis fatigué… Même déjà en position assise, il faut savoir que je suis paralysé très haut, moi donc j’ai du mal à faire fonctionner mon diaphragme. J’ai fait beaucoup de rééducation, surtout sur le souffle, sur plein de choses et sur ma voix du coup. Après, on perd en tonalité, on perd en tenue, on a un vibrato qui s’installe encore un peu plus costaud mais c’est ce qui me permet de me fixer un challenge et de ressentir plus d’adrénaline.
Au moment où vous vous rendez compte que vous ne pouvez plus chanter, songiez-vous à abandonner ?
Non, jamais et sincèrement, tout mon entourage pourra vous le dire, j’étais plus triste de perdre ma voix que mes jambes. Donc c’est dire à quel point ça a été dur pour moi… Il fallait que je rechante, je n’avais que ça en tête.
Quel est votre objectif en participant à La France à un incroyable talent ?
Même si j’ai mon propre label, mon désir, c’est de signer dans une maison de disques. Le milieu de la musique est tellement difficile dans la commercialisation et ne serait-ce que pour faire écouter sa musique. Si on a une maison de disques avec nous, ce n’est plus le même projet. Le projet, c’est prend une toute autre ampleur. Mon souhait principal est de ne pas montrer une image de moi où je m’apitoie sur mon sort parce que ce n’est pas du tout moi. Je voulais montrer le côté positif, qu’on peut tout faire, même avec un handicap. Je voulais aussi bien évidemment montrer mes capacités, ma voix, ma personne, mon histoire et ma musique surtout, parce que je suis quand même auteur-compositeur-interprète.
Vous aviez déjà pensé à participer à un autre télé-crochet ?
Oui et cette année ça s’est joué sur le timing. J’étais en contact direct avec The Voice et puis j’ai signé avant avec La France a un incroyable talent donc je ne me sentais pas de dire au dernier moment : ‘Finalement, je suis sur une autre chaîne’.
Etiez-vous stressé lors de votre passage pour la première fois devant un jury ?
Oui très stressé, c’est ce qui m’a fait un peu foirer. Je me suis laissé avoir par le trac sur deux choses… Le matin, j’ai fait ma répétition, je connais mon micro, je m’entendais bien et quand je suis passé sur le plateau, j’ai été pris par le truc de parler et du coup, je n’ai pas réglé mon micro. Quand j’ai commencé à chanter, je ne m’entendais pas chanter. De là, je me suis fait avoir par le trac et ma voix s’est mise à trembler. Je suis quand même entré dans le titre mais j’’avoue que mon émotion n’était pas à 100 %. Il y avait plein de paramètres derrière à gérer, autre que la musique…
Comment avez-vous choisi la chanson de votre passage ?
C’est d’abord pour le texte. All by myself, c’est vraiment comme ça que je me suis retrouvé après mon agression : tout seul. Dans la vie, vous vous retrouvez parfois tout seul dans ce genre de moments malheureusement. Ce titre m’a toujours marqué parce que j’ai tout fait ‘par moi-même’… On se reconstruit tout seul. Après, bien sûr, j’ai la conviction que quand on se reconstruit, si on le fait en étant ultra positif, on ne s’entoure que de bonnes personnes. Le bien attire le bien et le mal attire le mal. Je me sentais obligé d’interpréter une adaptation de la chanson de Céline Dion avec une partie en corse, tout en gardant les refrains en anglais.
Vous attendiez-vous à toucher autant les jurés et le public ?
Non, tout simplement parce que je n’ai pas un égo surdimensionné. Je n’ai pas forcément ultra confiance en moi donc on ne s’attend jamais, surtout que c’est la première fois, à avoir autant de bons retours. Ça fait très plaisir. J’étais ému et puis il y a eu la retombée du stress, du trac… Je me suis dit : ‘C’est bon, je l’ai fait. J’y suis arrivé, je l’ai fait. J’ai réussi à monter sur le plateau, j’ai chanté’. Pour moi, c’était l’essentiel. Moi, pour moi, si vous voulez, ma victoire était de monter sur scène.
Que peut-on attendre de vous pour la prochaine étape ?
Pour la suite, je ne sais pas trop quoi vous dire sans vous spoiler (rires). C’est sûr que je mettrais encore la Corse à l’honneur. Et si, par chance, il y a une maison de disques qui passe par là, ça serait formidable (rires) !